Affaire Priore/Les souris anglaises

L’AFFAIRE DES SOURIS ANGLAISES

L'anatomie d'une rumeur


Introduction

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En janvier 1966, des chercheurs du "Chester Beatty Institute" de Londres (l'équivalent anglais de l’Institut de Recherches Scientifiques sur le Cancer de Villejuif) entreprirent une série d'expérimentations concernant l'effet du rayonnement Priore sur plusieurs modèles de cancer. Ils poursuivirent pendant six mois leurs expérimentations in vivo avec des tumeurs greffées sur des rats et des souris des cancers induits chimiquement sur des rats et in vitro avec des cultures de cellules cancéreuses. À partir de mars 1966, certains 'on dit', selon lesquels ces expériences anglaises étaient truquées, commencèrent à circuler dans le milieu de la recherche médicale parisienne.

Des paroles du style:

« Vous savez, n'est ce pas, que ce Priore est un escroc. Quand les chercheurs de Londres ont envoyé des souris chez lui pour être traitées par sa machine infernale, il a simplement échangé quelques souris cancéreuses avec des souris saines. Puis, il les a renvoyées en Angleterre comme étant guéries ! Les anglais en ont la preuve formelle. Vous comprenez..., Cette affaire... Oh là là... C'est si délicat... »

glissées au cours d'une réunion scientifique importante, ou aux oreilles d'un journaliste, ou comme « un conseil à un ami chercheur » s'intéressant aux effets du rayonnement, empoisonnèrent le dossier Priore à partir de mars 1966.

Comme toute rumeur, elle ne s’éteint jamais et laisse des traces quelles que soient les réfutations et justifications.

Cette rumeur de fraude a refroidi les relations franco-britanniques au point que Sir Alexander Haddow, Directeur du Chester Beatty Institute, mis fin à la collaboration avec Antoine Priore le 22 septembre 1966[1].

Notre analyse de la rumeur est nécessairement dense et fastidieuse à lire. Car, pour justifier nos conclusions nous sommes obligés d’entrer dans les détails, de citer des documents originels etc., ce qui nuit à la lisibilité du texte.

Celui-ci est divisé en deux parties :

  • La première décrit la rumeur, ses origines, ses ramifications, nous terminons en expliquant pourquoi nous considérons que l’accusation de fraude est totalement sans fondement.
  • La deuxième partie est une tentative, nécessairement incomplète, d’expliquer pourquoi un certain nombre de personnalités ont persisté contre toute évidence à répandre cette rumeur.

Références

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Quelques exemples de la rumeur et de ses effets

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Cette rumeur apparaît régulièrement depuis 1966 afin de dénigrer Antoine Priore et ceux qui travaillaient avec lui. Les personnes qui la répandaient n’apportèrent jamais la moindre preuve ou justification de ce qu’ils avançaient. Quelques exemples:

  • En mars 1966, Alain Peyrefitte, Ministre de la Recherche, est en visite à Bordeaux. Lors d’un déjeuner avec J. Chaban-Delmas et R. Pautrizel, il dit : « Dans certaines sphères parisiennes on dit qu’il y a truquage, substitution d’animaux »[1].
  • Le 16 mai 1966, le Pr Grabar[2] dit au Pr Rivière : « Des gens parlent de substitution d’animaux chez PRIORE... ». Mais il refuse de donner des noms.
  • Le 4 mars 1967, le Pr Raymond Latarjet[3], dans un entretien avec le Général Pierre Dejussieu-Pontcarral, affirme que: « ... l’on avait substitué des souris lors de l’expérimentation des chercheurs du Chester Beatty Institute. »
  • Le 29 janvier 1971, Hubert Curien[4], Directeur Général du C.N.R.S., demande à A. J. Berteaud s'il est certain qu'au cours de ses expérimentations chez Priore, il n'y a pas eu substitution d'animaux. Quelques jours plus tard, le Pr M. Vautier, Directeur du Laboratoire de Magnétisme du C.N.R.S. à Bellevue et le Pr R. Servant, Directeur du Laboratoire d’Optique Ultra Hertzienne à Bordeaux, demandent[5] respectivement à Berteaud et à Bottreau de ne pas faire figurer les noms de leurs laboratoires sur la publication[6] avec R. Pautrizel, A. N. Pautrizel et A. Priore.
  • En mars 1971, C. Lévi, (Directeur Scientifique du CNRS) demande à P. Chateaureynaud-Duprat: « Êtes-vous sûre que vos animaux n'ont pas été changés. Le Pr Latarjet, que j'ai rencontré à Paris il y a quelques jours, m'affirme qu'il y a eu substitution d'animaux ».
  • En décembre 1971, Maurice Tubiana : « Il y a truquage dans les expériences Priore ».
  • Le 2 et le 30 juin 1972, le Pr Georges Mathé affirme à M. Chevalier (SNIAS) puis au Pr R. Putrizel[7], qu’Antoine Priore truque les expériences et qu’il en la preuve (Mais il ne leur donnera jamais cette ‘preuve’).
  • En avril ou mai 1973, le Pr Georges Mathé[8] répand la rumeur auprès de Sir Peter Medawar, directeur de la ‘National Institute for Medical Research’ à Londres.
  • Le 9 janvier 1974, Mme Dormont[9] (Direction de la D.G.R.S.T., C.N.R.S.) évoque le « Problème de changement des souris » avec le Pr Bové dans le contexte de la thèse d’Antoine Priore.
  • Le 1er juin 1975, lors d’un colloque sur le cancer, à l’hôtel Intercontinental à Paris, le Pr Georges Mathé parle des travaux réalisés avec l’appareil Priore dans les termes suivant : « escroquerie, fumisterie et substitution d’animaux »[10].
  • En 1980, J. M. Graille[11], ("Dossier PRIORE", page 151), contacte le Pr R. Latarjet par téléphone. Ce dernier refuse de le recevoir, mais confirme les accusations de substitution d'animaux.
  • Le 25 mars 1980, M. C. Gauley[12] dans sa thèse de médecine intitulée « Thérapeutiques Parallèles et Cancer », consacre un chapitre de 2 pages à Antoine Priore. Dans ce chapitre il n’est fait mention que de la rumeur de substitution d’animaux.
  • Le 6 août 1980, C. Escoffier-Lambiotte[13] publie un article dans Le Monde dans lequel elle attaque Antoine Priore en citant la thèse de M. C. Gauley comme justification.
  • Le 19 novembre 1980, le Docteur Petit[14] de l’association « Choisir » cite la thèse de Gauley pour justifier le refus d’aide demandée par C. Meunier pour Antoine Priore.
  • Une des plus désastreuses manifestations de cette rumeur se trouve dans le rapport[15] de l'Académie des Sciences intitulé « Le Problème Priore 1960 - 1981 ». Ce rapport, écrit par les professeurs J. Bernard et R. Latarjet, fût établi à la demande de J. P. Chevennement, Ministre de la Recherche. Les auteurs consacrèrent plus de 10% du rapport à propager la rumeur de substitution d’animaux et seulement trois lignes sur l'opinion des chercheurs anglais concernés ! (L’origine de cette demande ministérielle et une analyse critique de ce rapport se trouve dans la Note Le rapport Bernard-Latarjet.)
  • En 1983, le Pr J-P. Bader[16], dans son livre Le Cas Priore, page 106, pose au Pr R. Latarjet la question: Pensez-vous que tous les résultats soient frauduleux?, qui répond: Tout est possible.
  • Le 28 mars 1983 et le 5 janvier 1984 le Quotidien du Médecin[17] a publié deux articles ou Antoine Priore est traité d’escroc et de fraudeur.
  • En 1986, M. De Pracontal[18]), consacre les pages 51 à 63 de son livre L’imposture scientifique en dix leçons à l’Affaire Priore. Treize pages dans lesquelles l’accusation de fraude et la substitution d’animaux occupent une grande place.
  • Le 2 juin 1987, P. Chevallier[19],(Président de la M.G.E.N.) refuse l’aide de sa mutuelle pour participer à une relance des travaux avec l’appareil Priore s’appuyant sur « le rapport de Prs Bernard - Latarjet » de mars 1982.
  • 1994, P. Darmon[20], consacre 4 pages de son livre Les cellules folles: L’homme face au cancer à ‘l’escroquerie’ d’Antoine Priore.

Contrairement à la plupart des rumeurs, on connaît l’origine de celle-ci et les géniteurs sont bien identifiés. Nous proposons dans cette note d’examiner cette origine, d'apprécier la part de vérité et de se faire une idée du sérieux de ceux qui l'ont propagée.

Après une analyse des documents de l’époque, nous en tirerons la conclusion.

Références

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  1. R. Pautrizel, « Rapport concernant "l'Affaire Priore" du 18 février 1971 »
  2. R. Courrier, « Note personnelle du 16 mai 1966 »
  3. R. Courrier, « Note personnelle du 4 mars 1967 »
  4. R. Pautrizel, « Journal de février 1971 »
  5. R. Pautrizel, « Lettre adressée à A-J. Berteaud le 3 février 1971 »
  6. A-J. Berteaud, « Essai de corrélation entre l'évolution d'une affection par Trypanosoma equiperdum et l'action d'une onde électromagnétique pulsée et modulée », dans Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, 15 février 1971, p. 1003-1006 [[disponible sur Gallica texte intégral]] .
  7. R. Pautrizel, « Journal de juin 1972 »
  8. S. Zuckerman, « Lettre adressée à R. Pautrizel le 14 mai 1973 »
    S. Zuckerman, « Lettre adressée à R. Pautrizel le 18 mars 1975 »
  9. R. Pautrizel, « Journal de janvier 1974 »
  10. H. Bécuwe, « Lettre adressée à R. Courrier le 12 juin 1975 »
  11. Jean-Michel Graille, Dossier Priore : Une nouvelle affaire Pasteur ?, Paris, Denoël, , 305 p. (ISBN 2-207-23002-3)
  12. M.C. Gauley, « Thérapeutiques Parallèles et Cancer »
  13. Le Monde du 6 août 1980, « Médecines parallèles »
  14. M. Petit, « Lettre adressée à C. Meunier le 19 novembre 1980 »
  15. J. Bernard et R. Latarjet, « Le problème Priore (1960-1981) »
  16. Jean-Pierre Bader, Le cas Priore : Prix Nobel ou imposture ?, Paris, J.C. Lattès, , 223 p.
  17. Quotidien du Médecin du 28 mai 1983, « Antoine Priore est mort... un an après « sa machine » »
    Quotidien du Médecin du 5 janvier 1984, « « Avions renfifleurs » des scientifiques victimes de la fausse science »
  18. Michel de Pracontal, L'imposture scientifique en dix leçons, Paris, La Découverte, , 336 p. (ISBN 2-7071-3293-4)
  19. P. Chevalier, « Lettre adressée à G. Dubos »
  20. Pierre Darmon, Les cellules folles : L'homme face au cancer de l'Antiquité à nos jours, Paris, Plon, , 573 p. (ISBN 2-259-02532-3)

L’Éclosion de la rumeur

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La rumeur naît probablement en mars 1966 et prend corps lors d'une réunion de la D.G.R.S.T., 3 rue de l'Université à Paris, le vendredi 3 juin 1966 à 17 heures. Le Pr André Maréchal, délégué général à la recherche, a convoqué[1] messieurs les professeurs Bernard, Bonnefille, Courrier, Delcroix, Gallais, Gondet, Grabar, Guillaud, Kastler, Latarjet, Pautrizel et Tubiana. Les professeurs Delcroix, Guillaud et Tubiana, excusés, ne sont pas présents.

L'ordre du jour de cette réunion était :

a) Étude des problèmes soulevés par le traitement des tumeurs cancéreuses à l'aide du rayonnement électromagnétique de l'appareil PRIORE.
b) L'utilisation de l'installation existant à Bordeaux.
c) L'étude physique de l'appareil existant.
d) Construction dans la région parisienne, d’un appareil comparable à celui qui existe à Bordeaux.

Sur le premier point, R. Latarjet demande la parole. Il affirme avoir reçu du Pr P. C. Koller, un des chefs de service au Chester Beatty Research Institute de Londres, une lettre datée selon lui, du 4 mars 1966, dans laquelle Koller affirme qu'il y a eu fraude de la part d’Antoine Priore et des chercheurs bordelais. Les souris soi-disant guéries de leurs tumeurs par le rayonnement Priore étaient tout simplement des souris saines substituées aux souris greffées.

Le Pr Courrier demande alors que la lettre de P. C. Koller et la déclaration de R. Latarjet seraient publiées in extenso dans le compte rendu officiel de la réunion. Malheureusement, le compte rendu[2] fût très édulcoré et le contenu exact de la lettre de P. C. Koller ne fût jamais révélé. On ne sait même pas si cette lettre était écrite en anglais ou en français !

La suite de cette réunion, qui ne concerne pas directement la rumeur, est décrite dans la Note[3] dont le sujet est l’analyse de la participation de la D.G.R.S.T. dans l’Affaire Priore.

En plus de cette lettre du 4 mars 1966, le rapport de l’Académie des sciences où il est question de la substitution mentionne l’existence d’une deuxième lettre qui aurait été aussi écrite par P. C. Koller vers la fin mars 1966. Nous ne possédons aucune copie de ces deux lettres mais, bien que les extraits cités ne mentionnent pas leur destinataire, on peut raisonnablement penser qu’elles étaient adressées au Pr R. Latarjet puisqu’il a participé à la rédaction de ce rapport. Ci-dessous l’extrait de la lettre du 4 mars (un extrait de la lettre de fin mars sera analysé au §7)

«  ... De Bordeaux, toutes les souris nous revinrent sans tumeur. Elles nous parurent bizarres. Nous leur fîmes des greffes de peau en provenance de souris de leur lignée d'origine. Toutes les greffes furent rejetées. De cela nous avons conclu que ces souris n'étaient pas celles que nous avions envoyées à Bordeaux. Maintenant Ambrose a été autorisé à envoyer là bas des rats porteurs d'une tumeur primitive induite par le benzopyrène. Je n'ai personnellement rien à voir dans tout ça, Mais je commence à me faire du souci pour la réputation de notre Institut... »

Ce soupçon de fraude, affirma R. Latarjet, jette un doute sur l'ensemble des expériences faites par tous les chercheurs qui ont travaillé avec les appareils de Priore.

Le doute est semé.

Le Pr Courrier fit par la suite remarquer[4], que ni Mme Colonge ni Mme Ambrose, lors de leurs expériences chez Antoine PRIORE, n’ont laissé les animaux seuls pendant leur traitement, excluant donc toute possibilité de substitution. De plus, lors de leurs expériences sur la T8 de 1959 à 1960, Biraben et Delmon ont utilisé un système de double marquage sur les rats: l’un avec de l’encre et l’autre avec matière légèrement radioactive. Ce dernier marquage invisible était réalisé à l’insu d’Antoine Priore.

En outre, les travaux du Pr R. Pautrizel[5], non encore publiés, montrent que le rayonnement Priore a une action sur certains systèmes de défenses immunitaires. C’est à cause de ces expériences que le Pr Pautrizel a été invité à participer à la réunion.

Le Pr Grabar suggéra alors que le rejet des greffes de peau pratiquées sur les souris anglaises, était peut être dû tout simplement à un phénomène immunitaire suscité par le rayonnement.

Supposons que les lettres de P. C. Koller adressées au Pr R. Latarjet aient vraiment existé et aient effectivement contenu, soit quelques remarques anodines ou interrogations concernant les observations surprenantes faîtes sur les souris renvoyées en Angleterre, soit des accusations formelles et ouvertes selon lesquelles Priore aurait fraudé.

Le Pr R. Latarjet s’est donc fait « messager » de P. C. Koller en répandant un doute ou des accusations sur l’honnêteté d'Antoine Priore et sur la qualité du travail scientifique des chercheurs du Chester Beatty Institute. L’attitude du Pr Latarjet, nuisant à la mise en place d’éventuelles applications thérapeutiques, est ainsi gravement irresponsable. Sa réaction du 3 juin 1966 aurait pu être compréhensible si, par exemple, il avait reçu la lettre la veille de cette réunion à la D.G.R.S.T. et avait eu à en parler a chaud. Néanmoins, il semble que ce n'est pas le cas : le Pr Latarjet reçut la première lettre du Pr Koller début mars 1966. A. Peyrefitte avait d’ailleurs parlé à J. Chaban-Delmas de cette rumeur qui circulait déjà à Paris, en mars.

Étant données la gravité de l'accusation d'escroquerie et la position du Pr Latarjet au sein des décideurs de la recherche médicale française (citons le Pr J-P. Bader dans son livre page 106 : Pas une réunion, pas une commission, pas une campagne d'information sur le cancer sans la participation de ce chercheur de l'Institut Curie. ), il est impardonnable de la part du Pr Latarjet de ne pas s’être informé auprès des chercheurs concernés.

Le Pr P. C. Koller était effectivement chercheur au Chester Beatty Institute, mais dans un autre département que les chercheurs qui travaillaient avec Priore. P. C. Koller n'a jamais participé à la moindre expérimentation et n'a jamais eu le moindre contact avec Antoine Priore ! De plus, il semble que le Pr R. Latarjet n'ait jamais contacté pour avoir leur opinion, ni Mme Colonge, ni Mme A. Ambrose, ni le Pr E. J. Ambrose qui, étant les chercheurs concernés, auraient été les premiers à être lésés par une fraude d’Antoine Priore.

L'importance de cette rumeur, et de ses effets très néfastes sur l’Affaire, nécessite que nous examinions avec attention les documents de l'époque et les témoignages des individus directement impliqués dans cette expérimentation anglaise.

Références

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  1. J.D. Dardel, « Lettre de convocation pour la réunion du 3 jiun à la DGRST (avec notes manuscrites de R. Courrier) »
  2. A. Maréchal, « C.R. de la réunion du juin 1966 »
  3. La D.R.M.E. et la D.G.R.S.T. et l'Affaire Priore
  4. R. Couurier, « Lettre adressée à A. Maréchal le 4 juin 1966 »
    R. Courrier, « Lettre adressée à A. Maréchal le 7 juillet 1966 »
    R. Courrier, « CR. Réunion avec J. Chaban-Delmas, A. Peyrefitte,... I »
    R. Courrier, « CR. Réunion avec J. Chaban-Delmas, A. Peyrefitte,... II »
  5. R. Pautrizel, « Influence d'ondes électromagnétiques associés sur l'immunité de la Souris infestée par Trypanosoma equiperdum », dans Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, 1 août 1966, p. 579-582 [[disponible sur Gallica texte intégral]] .

Qui sont ces Anglais ?

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Le Chester Beatty Research Institute (C.B.R.I.), qui fait partie du Royal Cancer Hospital (Fulham road, Londres), est le "Villejuif" anglais. En 1966, son directeur est Sir Alexander Haddow F.R.S., également président de l'Union Internationale de la Lutte Contre le Cancer. Les autres membres du C.B.R.I. impliqués dans le dossier PRIORE sont :

M. E. Whisson, A. Ambrose, E. J. Ambrose et P. C. Koller.

Il semble que le Pr Rivière, qui avait des contacts amicaux et professionnels avec Whisson et les Ambrose ait suggéré en 1965, une expérimentation chez Antoine Priore. (Le Pr Ambrose a vu le Pr Guérin en juillet 1965 et le Pr Haddow écrivait officiellement au Pr Grabar, au début de septembre, demandant d’utiliser l’appareil Priore[1].)

M. et Mme Ambrose arrivent à Floirac le 4 janvier 1966 pour faire une expérimentation préliminaire. Ils ont amené 50 souris à traiter. Ces souris étaient greffées avec 3 types de cancers étudiés intensivement au C.B.R.I. Cette première expérimentation fait partie de la cuisine interne de l’expérimentation scientifique, où, avant de faire une expérience dans toutes les règles de l’art avec une thérapeutique nouvelle, « on se fait la main » avec un essai un peu improvisé. Cependant, comme nous le verrons par la suite, ce fut seulement cette expérience préliminaire qui donna naissance à la rumeur de substitution d’animaux et non pas les expériences ultérieures, faites, elles, dans les règles de l’orthodoxie !

Ces deux chercheurs ne sont restés à Floirac que durant la période de l’expérimentation, jusqu’à la troisième semaine de janvier, puis ils sont rentrés à Londres avec leurs souris. (Voir les lettres de remerciement[2] de M. et MM. Ambrose à Priore du 4 février). Le 26 janvier le Pr Whisson écrivit à PRIORE[3]:

«  ... Les résultats obtenus jusqu'à le présent m'ont convaincu qu'un vrai effet a été produit sur les tumeurs. Je l'ai reporté à Professor Haddow. Nous sommes d'accord que les résultats sont d'une grande importance.... »

Par la suite le Pr Haddow écrit au Pr Courrier le 5 février[4] et demande une réunion des personnes intéressées par le rayonnement Priore.

Cette réunion eut lieu au Collège de France le 11 février 1966[5]. Les participants étaient : A. Haddow, E. J. Ambrose, R. Courrier, A. M. Colonge, M. Guérin, M. R. Rivière, A. Priore, P. Grabar et E. Wolff.

Au cours de cette réunion, le Pr Guérin fait un exposé des résultats obtenus sur la tumeur T8 et le Pr Ambrose un bref résumé des expériences faites en janvier ; expériences dont il estime les résultats significatifs. En réponse à une question du Pr Courrier[6] sur ces cancers, le Pr Haddow dit que pour l’expérience préliminaire, seul 1 des 3 cancers répondaient à un traitement chimique, pour les deux autres aucun traitement n’était efficace. Or, avec le traitement Priore il y a eu régression sur les trois types de cancer, d’où leur très grand intérêt pour la technique.

Le Pr Haddow propose alors une série d'expériences biologiques à faire chez Antoine Priore[7]: des études in vitro, des tumeurs greffées, des tumeurs induites chimiquement, etc. et quelques mesures physiques élémentaires du rayonnement Priore. Ces expériences sont décrites en détail dans le chapitre 2 du fascicule N°3 et dans le fascicule N°6.

Références

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Quelles sont les expériences effectuées chez PRIORE ?

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Reprenons en détail la lettre du Pr Koller relayée par le Pr Latarjet. Celle-ci laisse à penser que les AmbroseE ont fait une expérimentation sur un seul lot de souris et que toutes les souris traitées par le rayonnement Priore furent renvoyées à Londres "guéries".

Or cela est faux !

En effet, au cours des mois de janvier et de février, l'expérimentation fut faite sur au moins 5 lots de souris (10 témoins et 10 souris traitées pour chaque lot) avec des tumeurs couramment utilisées au C.B.R.I. : la tumeur 6C3HED (un Lymphome) et les tumeurs ADJPC5/A et ADJPC6/A (des myélomes).

De plus, les Ambrose étudiaient, en collaboration avec Rivière et Chouroulinkov de l’IRSC de Villejuif, l'effet du rayonnement Priore sur la croissance in vitro de trois types de cellules cancéreuses humaines (HeLa, KB et des ascites leucémiques).

À partir du mois d'avril jusqu'au mois de juillet 1966, des lots de rats avec des tumeurs induites par le benzopyrène furent constitués au C.B.R.I. et traités chez Priore.

Comme nous le verrons dans le paragraphe suivant, il y eut effectivement un doute de l'identification de certains animaux traités dans l’expérience préliminaire de janvier. Néanmoins, ce doute se porta uniquement sur 2 souris d'un lot avec la tumeur ADJPC6/A et sur 4 souris d'un lot avec la tumeur ADJPC5/A. Pour tous les autres animaux expérimentés chez Priore, les chercheurs du C.B.R.I. n'eurent aucun problème d'identification.

Références

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Que pensait le Pr AMBROSE de cette rumeur ?

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Les relations entre E. J. Ambrose, A. Ambrose, A. Priore et R. Pautrizel étaient très cordiales, comme en témoigne d’ailleurs l'ensemble de leur correspondance entre 1966 et 1982. En ce qui concerne la rumeur de fraude, nous citons ci-dessous les contenus des quatre lettres les plus importantes. Nous les commenterons par la suite.

  • Le 1er juin 1966, le Pr AMBROSE écrivait la lettre suivante[1] à A. PRIORE :
Cher M. Priore
J'ai eu une visite de Mr. Rivière ici à Londres. Il m'a dit que Mr. Pautrizel à fait des expériences avec vous sur l'effet de l'appareil sur la réponse immunologique des souris.
Prof. Koller à notre Institut étudie des problèmes de ce type. Il me semble que cela serait une très bonne idée si le département de Mr. Koller, qui est indépendant du mien pouvait faire une expérience, un peu comme la votre, qui peut être faite assez vite. Si vous et Mr. Pautrizel sont d'accord. Je peux vous envoyer des souris par avion directe de Londres à Bordeaux et vous pouviez me les renvoyer sept jours après, par avion; donc ça ferait six jours de traitement. Je téléphonerais dans quelques jours pour avoir votre réponse.<
J'espère que Mr. Pautrizel va publier vos expériences immunologiques, qui me semble être une découverte extrêmement importante. Les observations que ferait Mr. Koller seraient simplement pour donner évidence à notre Institut de la valeur de votre appareil.
Pour une raison que je ne connais pas Mr. Rivière ne veut pas que votre nom soit sur la communication anglaise (celle que vous avez) - Il veut seulement !! Rivièr, Chouroulinkov, Guérin, mon nom et celui de ma femme. Mais pour ma part je ne publierais pas sans votre nom.
1) car ce sont les premières expériences, avec votre appareil publier en anglais.
2) parce que c'est votre appareil, et aussi vous faites une grande partie des expériences vous-même, surtout les dernières avec ma femme.
Recevez Mr Priore l'assurance de mes sentiments très distingués
E. J. Ambrose
  • Lettre de Mme Ambrose :
Cher Monsieur Priore et Francine
J'espère que tout va bien avec vous et votre appareil. J'ai hâte d'avoir des nouvelles et Marc a-t-il encore détruit votre "petit jardin"?
J'ai écrit cette lettre sous la dictée de mon mari. J'aurai bien besoin de votre dictionnaire Francine pour finir les lettre en français, c'est tellement plus facile en anglais... et en Italien est - ce - que c'est très difficile ?
Au revoir pour le moment, avec mes meilleurs amitiés
Andrée Ambrose
P.S. Francine pourrez-vous envoyer les mesures des tumeurs des rats ?
Comment vont les derniers rats ?

Ces lettres sont reçue à Bordeaux juste après la réunion du 3 juin à la D.G.R.S.T. pendant laquelle le Pr Latarjet prétendra que le Pr Koller avait des doutes de l’honnêteté d’Antoine Priore et donc indirectement sur le Pr R. Pautrizel. Ce dernier répond au Pr Ambrose par la lettre[2] :

Monsieur et cher Collègue,
Monsieur Priore m'a communiqué votre lettre du 1er juin, dans laquelle vous souhaitez une expérience - contrôle pour étudier l'influence du rayonnement électromagnétique de l'appareil Priore, sur la réponse immunologique des souris. J'ai été particulièrement étonné d'apprendre que cette expérience serait réalisée en collaboration avec le Professeur Koller, l'un de vos Collègues de l'Institut du Cancer de LONDRES.
En effet, au cours d'une réunion qui se tenait le vendredi 3 juin à la Délégation Générale de la Recherche à Paris et à laquelle je participais, un de nos collègues, le Professeur Latarjet de PARIS, nous a lu une lettre, que lui avait adressée il y a quelques mois le Professeur Koller, relative aux premières expériences effectuées chez Monsieur Priore avec le premier lot de souris provenant de LONDRES. Le Professeur Koller avait réalisé des homo-greffes sur les animaux revenus de BORDEAUX et, commentant les résultats de ses investigations, il concluait tout simplement que les souris qui lui avaient été renvoyées de BORDEAUX n'étaient plus du tout celles qui avaient été expédiées de LONDRES.
Vous comprendrez donc, mon cher Collègue, qu'il m'est impossible d'envisager alors, une telle expérience - contrôle avec le Professeur Koller. S'il est de notre devoir de douter de nous - mêmes et de vérifier scrupuleusement nos expériences, il n'est pas dans nos habitudes de travailler dans un climat de méfiance.
Autant il m'a été infiniment agréable de venir souvent chez Monsieur Priore, à la période où vous y étiez et de vous apporter, dans la mesure de mes moyens, l'aide dont vous aviez besoin, autant il me paraît difficile maintenant de collaborer avec le Professeur Koller qui manifeste si peu de confiance à l'égard de ses collègues scientifiques.
Je vous demanderais de transmettre mes respectueux hommages à Madame Ambrose et j'espère avoir le plaisir de vous revoir bientôt à BORDEAUX.
Je vous prie de croire, Monsieur et cher Collègue, à l'expression de mes sentiments les meilleurs.
R. PAUTRIZEL

Le Pr Ambrose, alors en mission aux États-Unis, revient à Londres le 21 juillet et répond au Pr R. Pautrizel et au Pr R. Courrier dans la lettre suivante[3] en y joignant le résumé des expériences faites ou en cours:

Mon Cher Collègue,
J'étais désolé de savoir que M. Koller avait écrit à M. Latarjet sans ma connaissance. Je reviens aujourd'hui d'Amérique. Je vous écrirai bientôt à ce sujet. Mais je vous écris cette note tout de suit parce que j'ai entendu qu'il y aura une réunion jeudi ou vendredi au sujet d'aide pour M. Priore.
Je vous envois des notes sur les résultats obtenus jusqu'à présent. Vous pouvez les transmettre à cette réunion si vous pensez que cela aiderait à encourager les personnes de supporter M. Priore.
Pour moi cela a été une très bonne expérience de vous connaître et de travailler avec vous. J'espère que cette bêtise de M. Koller ne va pas faire une différence dans les associations très cordiales que j'ai eu avec vous et avec M. Priore à Bordeaux.
Acceptez, s'il vous plaît M. Pautrizel, l'assurance de mes sentiments très cordiales.
J. AMBROSE

Pièce jointe[4] à la lettre de Ambrose à Pautrizel du 21 juin 1966 :

Expériences faites avec les tumeurs 6C3HED (LYMPHOSARCOMA), ADJ PC5/A (MYELOMA) et ADJPC6/AA (MYELOMA)
Avec les tumeurs 6C3HED il y avait 10 témoins et 10 traités.
Survie des témoins:
18.3 jours de moyenne.
Survie des traités avec tumeurs
24.7 jours de moyenne (6)
4 traités n'avaient pas de tumeurs
Les marques d'identification étaient claires et l'expérience était nette.
Avec les tumeurs ADJ PC5/AA et ADJ PC6/AA les marques d'identification n'avaient pas été faites à notre Institut, comme j'avais demandé.
L'identité des animaux témoins et traités qui portaient des tumeurs ne posait aucun problème. C'était seulement les 4 ADJ PC5/A et les 2 ADJ PC6/A qui n'avaient pas de tumeurs qui ont données des difficultés.
Selon le sang (ELECTROPHORESE) l'identification était bonne.
Mais selon les greffes de peau, nous ne sommes pas sure si une erreur à été faite à notre Institut ou en France.
J'ai donc décider d'oublier les 4 souris (ADJ PC5) et les 2 souris (ADJ PC6) sans tumeurs.
Mais les autres souris traités qui portaient des tumeurs avaient une survie de 42.4 jours de moyenne et les témoins 21.2 jours de moyenne.
La survie des 3 souris traités avec tumeur ADJ PC5/A était 51 jours de moyenne, les témoins 23.2 de moyenne.
Je crois que ces résultats sont très encourageants.
Tumeurs primaires
Tumeurs induites avec BENZOPYRENE marques d'identification très nettes et pas en doute.
1° expérience
Après 25 jours de traitement avec des tumeurs pas trop grosses au commencement, les traités avaient des tumeurs 40% plus petite que les témoins habituels.
2° expérience
Les résultats nets avec les cellules ont été communiqués sur le journal NATURE.

La correspondance entre Ambrose, Priore et Pautrizel continuera jusqu'en 1982.

Cette correspondance fut très amicale de la part du Pr Ambrose qui manifesta toujours le souci d'apporter une aide à Antoine Priore et le regret d'avoir été mis dans l'impossibilité de poursuivre les expériences.

Pour le Pr Ambrose, il n'y avait donc aucune raison de soupçonner ou d’accuser de fraude Antoine Priore.

Remarquons que la lettre d’Ambrose du 1er juin ne mentionne ni le problème d’identification des souris, ni le rejet, qui eut lieu en février, de quelques isogreffes. Entre février et juin, les expériences se poursuivirent sans problème.

La lettre du 21 juillet montre de surcroît que ces expériences étaient prometteuses.

Le fait que Ambrose et Koller aient voulu faire des expériences de nature immunologique, après avoir entendu un compte rendu du Pr Rivière au C.B.R.I. concernant :

- les résultats préliminaires du Pr Pautrizel[5] ;
- la publication imminente de Rivière et Guérin[6] qui démontre que les rats guéris de la tumeur LS347 étaient immuns contre cette tumeur, mais pas contre la tumeur T8 ;

suggère plutôt qu’ils pensaient, eux aussi, que l’explication des effets du rayonnement impliquait les défenses immunitaires. Leurs interrogations sur les greffons rejetés trouveront une explication suggérée par le Pr Grabar lors de la réunion à la D.G.R.S.T. du 3 juin.

Références

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  1. E-J. Ambrose, « Lettre adressée à A. Priore le 1 juin 1966 »
  2. R. Pautrizel, « Lettre adressée à E.J. Ambrose le 9 juin 1966 »
  3. E-J. Ambrose, « Lettre adressée à R. Pautrizel le 21 juin 1966 »
  4. E.J. Ambrose, « C.R. des expériences avec les tumeurs 6C3HED, ADJ PC5/A, ADJPC6/AA »
  5. R. Pautrizel, « Influence d'ondes électromagnétiques associés sur l'immunité de la Souris infestée par Trypanosoma equiperdum », dans Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, 1 août 1966, p. 579-582 [[disponible sur Gallica texte intégral]] .
  6. M-R. Rivière, « Nouvelles recherches effectuées chez des rats porteurs d'un lymphosarcome lymphoblastique soumis à l'action d'ondes électromagnétiques associées à des champs magnétiques. », dans Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, 20 juin 1966, p. 2669-2672 [[disponible sur Gallica texte intégral]] 

Commentaires sur le « problème des greffes » et sur « la fraude »

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Il est évident que de ne pas avoir marqué correctement deux lots de souris dans leur expérience préliminaire est une erreur méthodologique du C.B.R.I. et que le Pr Ambrose en est parfaitement conscient. Mais cette expérimentation était, comme nous l’avons dit, exploratoire dans le domaine d’une technique thérapeutique nouvelle. Remarquons tout de même qu’en essayant de corriger cette erreur, les chercheurs britanniques ont observé le phénomène de rejet de greffe.

L’élément essentiel à noter dans le résumé du Pr Ambrose est que, contrairement à l'affirmation de R. Latarjet, l'identification de toutes les souris traitées n'était pas en doute et que ces souris traitées n’étaient pas 'toutes sans tumeurs'. Un simple appel téléphonique de la part de R. Latarjet ou de son collaborateur M. Seligmann qui, semble-t-il, avait de bonnes relations avec Ambrose, aurait permis à R. Latarjet de ne pas affirmer n’importe quoi.

La deuxième chose essentielle à noter est que les souris traitées de chaque lot (souris qui portaient toujours une tumeur et dont l'identification ne faisait aucun doute) avaient une survie plus longue que celle des souris témoins. Cette survie est un fait et le Pr Ambrose considère ce fait comme encourageant.

Intéressons nous maintenant aux deux lots de 10 souris traitées, porteuses des tumeurs ADJPC5/A et ADJPC6/A.

Le Pr Ambrose dit que le problème d'identification se posait pour 4 souris ADJPC5/A sans tumeur (donc 6 souris traitées avaient toujours une tumeur) et pour 2 souris ADJPC6/A sans tumeur (donc 8 souris traitées avaient toujours une tumeur).

Remarquons que le fait ne plus avoir de tumeur pour une souris traitée n’est pas nouveau. En effet, dans le lot parfaitement identifié de souris porteuses de 6C3HED, 4 sur 10 n'avaient plus de tumeur.

Les chercheurs anglais utilisèrent deux moyens d’identification des souris.

  • Le premier moyen d'identification utilisé fut un examen sanguin par électrophorèse.
Les souris traitées chez Antoine Priore donnèrent alors les mêmes résultats que les souris de leur lignée d'origine. Par conséquent, les souris de retour de chez Priore n’étaient pas totalement différentes de la souche d'origine. Même s’il est concevable que Priore ait trouvé le moyen de faire des substitutions en se procurant des souris de la même souche que celles utilisées par le C.B.R.I., ceci ne pouvait pas être fait sans de réelles difficultés pratiques. En effet, il fallait tout d'abord connaître la lignée et l'élevage, fait sans doute en Angleterre. Ensuite, il faut imaginer l'achat de souris de laboratoire, en Angleterre, par un italien qui ne parle pas anglais et qui habite Bordeaux. Cette hypothèse devient véritablement rocambolesque !
De plus, M. et Mme Ambrose étaient présents à Floirac en janvier 1966 pendant l’expérimentation et la substitution d’une souris avec tumeur par une souris sans tumeur du jour au lendemain aurait éveillé des soupçons de leur part.
  • Le deuxième moyen d'identification utilisé, plus sensible que le premier, consista à faire des greffes de peau de souris de la même lignée sur les souris traitées chez Antoine PRIORE.
En général, mais pas à 100%, il est possible de faire des greffes de peau entre souris d'une même lignée pure, sans phénomène de rejet, car les souris ont une forte histocompatibilité. Néanmoins, elles ne sont pas identiques sur le plan immunologique.
S'il y a rejet de la greffe, l'explication première et simpliste consiste à dire que les souris ne sont pas de la même lignée. C'est ce raisonnement que le Pr Latarjet attribue au Pr Koller.
Les chercheurs du C.B.R.I. se trouvèrent alors dans une situation étrange : quelques unes des souris traitées chez Antoine Priore, revenues à Londres sans tumeur, (4 sur 10 d'un lot et 2 sur 10 d'un autre lot) avaient le même sang que leur lignée, donc semblables. Mais, elles rejetaient les greffes de peau des souris de leur lignée, d’où l’évocation de substitution.

Le Pr Ambrose n'est pas explicite dans sa lettre écrite hâtivement au Pr Pautrizel, mais il nous semble probable que si l'ombre d'un soupçon avait plané sur l'origine des souris sans tumeur, les chercheurs du C.B.R.I. auraient également fait des greffes de peau sur les souris traitées chez Antoine Priore qui portaient toujours des tumeurs et surtout, chez les souris qui ne portaient plus de tumeurs, mais qui étaient bien marquées.

Ils n'avaient donc en réalité aucun doute de l’identification de ces souris. Le non-rejet de ces greffes par les souris avec tumeurs aurait pu être un indice important pour confirmer la thèse de substitution d'animaux. Mais si ces souris avaient aussi rejeté aussi les greffes !!?? Le rejet des greffes, par des souris bien identifiées, plongera les chercheurs britanniques dans la perplexité.

Selon le Pr R. Latarjet, l'extrait de la lettre du Pr Koller dit clairement que toutes les souris traitées chez Priore ont rejeté les greffes. Mais, l'extrait dit aussi que toutes les souris traitées étaient sans tumeur, ce qui était faux. Il est donc impossible de se fier à cet extrait pour supposer que les souris avec tumeur rejetaient également les greffes.

Retenons malgré tout encore un instant l'hypothèse de la fraude d’Antoine Priore qui aurait fourni aux anglais des souris avec des tumeurs, mais qui rejetaient les greffes de peau. Cela aurait donc signifié qu’Antoine Priore aurait non-seulement su trouver des souris de 'même sang' que la lignée originale, mais aurait également su greffer des tumeurs ADJPC5A et ADJPC6/A sur ces souris de substitution, avec la même technique que les biologistes du C.B.R.I. ! Au regard des compétences en chirurgie animalière d’Antoine Priore, une telle hypothèse est véritablement grotesque.

La seule origine de fraude techniquement censée qui nous reste est donc le laboratoire du Pr Pautrizel.

Ce laboratoire détenait une réelle expertise biologique donc la possibilité d'obtenir des souris de n'importe quelle lignée etc. Bien entendu, personne n'a jamais accusé ouvertement le Pr Pautrizel de frauder pour Antoine Priore, mais la vague allusion de 'substitution par Priore et les bordelais' désignait très clairement le Pr Pautrizel aux yeux du monde de la recherche médicale. Ceci explique la réaction du Pr Pautrizel à la lettre d'Ambrose du 1er juin demandant si P.C. Koller pouvait participer à une expérience de nature immunologique.

Avec plus de quarante années de recul, il est facile d’affirmer que :

- le Pr Pautrizel a eu tort de refuser de collaborer avec Koller, son soi-disant accusateur ;
- le Pr Pautrizel aurait dû insister pour que le Pr Koller vienne à Bordeaux ;
- les Professeurs Pautrizel et Koller auraient dû refaire les expériences ensemble (chacun contrôlant l'autre) puis demander une réunion avec le Pr Latarjet.

Reconnaissons que la réaction du Pr Pautrizel, tout de suite après avoir entendu l’accusation, à peine voilée, selon laquelle il aidait Antoine Priore à frauder, était normale, humaine et inévitable.

Existe-t-il une autre explication à ces phénomènes de rejet ?

Deux souris de la même lignée sont semblables, mais elles ne sont pas identiques sur le plan immunologique. Une stimulation des défenses immunitaires et de reconnaissance cellulaire par le rayonnement Priore pouvait provoquer un rejet de greffe, comme le suggéra M. Grabar lors de la réunion à la D.G.R.S.T.

En effet, P. Chateaureynaud[1] montra expérimentalement le rejet des greffes par des souris soumises au rayonnement Priore.

Elle a eu l’occasion[2] de décrire ses résultats au Pr R. Latarjet le 10 juin 1981. Cette expérimentation, faite en collaboration avec A.-M. Colonge, du Collège de France, est décrite en détail dans Les_expériences_biologiques : Les_greffes_de_peau.

Restons cependant dans la première moitié de 1966. L'idée d'une stimulation des défenses immunitaires par le rayonnement Priore était déjà présente dans les esprits. Ainsi, les professeurs Rivière et Guérin avaient constaté que les rats guéris de la tumeur LS347 étaient immuns aux greffes du même type de tumeur, mais qu'ils succombaient après la greffe d'une tumeur de type différent.

Leurs observations[3] furent publiées en juin 1966. Notons tout de même que le fait que les rats étaient immunisés contre une greffe de la LS347 montre bien que ce soient les mêmes rats qui avaient été déjà greffés puis guéris. Depuis leur guérison, ils ont été conservés à Villejuif et non à Floirac. Il n’y a donc pas eu de substitution, ou alors par MM. Rivière et Guérin eux-mêmes !

Le 3 mai 1966, R. Pautrizel commença ses expériences chez Priore en étudiant l'effet des injections d'hématies de mouton chez le rat. Il observa une exaltation des défenses immunitaires[4]. Naturellement, le Pr Rivière tenait ses collègues britanniques au courant. Nous citons, à ce sujet, l'extrait de la deuxième lettre de P. C. Koller adressée au Pr R. Latarjet:

« Mais jeudi dernier, Rivière, assistant de Guérin, est arrivé. Il a présenté à un petit groupe d'entre nous ses constatations sur la régression tumorale. Nous n'avons pas pu prendre au sérieux ce rapport duquel manquaient les détails expérimentaux. Mais, à la fin, il nous a parlé d'une expérience préliminaire qui a été fait avec le professeur d'immunologie de l'université de Bordeaux: Ils ont injecté des hématies de mouton à 12 rats. Puis, 2 jours après, 6 de ces rats ont été exposés à la machine (pendant 6 à 7 heures par jour pendant 6 jours). Après 6 jours, on a titré les anticorps. Parmi les 6 traités (dans le rapport des académiciens le mot est 'témoin', sans doute une erreur d'inattention), 4 étaient négatifs (!!!) pas d'agglutinine; il avait un titre faible et le dernier un titre assez élevé, beaucoup plus élevés que les témoins. L'un spécialement élevé (1/2000)? ça parait incroyablement élevé.

Rivière n'a pas pu répondre à nos questions. Il s'est contenté de rapporter les données fournies par le professeur bordelais.

Après un jour de réflexion, nous avons décidé de faire une expérience avec eux: nous leur enverrons 20 souris qui auront reçu un antigène que nous connaissons. 10 seront exposées; 10 serviront de témoins; et les 20 souris et les antigènes seront identifiés par l'un de nous.

Nous ne savons pas encore s'ils vont accepter cette proposition. Rivière nous a dit qu'ils désirent faire des expériences dans des conditions plus strictes. Ce qu'ils ont annoncé sur les souris leucémiques est seulement fondé sur la survie (ce qui n'est guère satisfaisant)... »

Notre première remarque concerne la datation de cette lettre. Le Pr Latarjet[5] prétendit avoir reçu cette lettre vers la fin mars alors que l’expérience du Pr Pautrizel commença le 3 mai ! (Les cahiers de laboratoire de Mlle A. N. Pautrizel sont très explicites.) Il est raisonnable de penser que le temps d’avoir les premiers résultats, de les communiquer au Pr Rivière et que Rivière en parle à Londres, situe la date de cette lettre vers la fin du mois de MAI et non du mois de MARS, i.e. juste avant la réunion du 1er juin à la D.G.R.S.T. !

La datation de cette lettre vers la fin mai 1966 est également confortée par la lettre du Pr Ambrose adressée à Antoine Priore le 1er juin ; Lettre[6] dans laquelle le Pr Ambrose exprimait le souhait de faire une expérience, de nature immunologique, en collaboration avec le Pr Koller.

En conclusion, le Pr R. Latarjet arrive à la réunion de la D.G.R.S.T., venant de recevoir

- non une lettre dénonçant une fraude, mais une lettre du Pr Koller exprimant son désir de participer à une expérimentation chez Antoine PRIORE, une expérimentation qui, si elle est concluante, sera très importante.

La motivation de la réaction du Pr Latarjet pendant la réunion, qui eut comme conséquence de saboter la collaboration entre le C.B.R.I., Priore et les chercheurs bordelais, mérite une attention particulière. Nous reviendrons sur ce point dans §9.

Quel est donc l’enjeu de l’expérience proposée par le Pr Koller ?

Si l'hypothèse selon laquelle le rayonnement Priore stimule les défenses naturelles était vérifiée, la découverte devient d'une importance capitale !

Le fait que le Pr Koller veuille participer à cette expérimentation semble par ailleurs montrer qu’il n'a aucune certitude de fraude, contrairement à ce que le Pr Latarjet laisse entendre. Bien entendu, il est toujours possible de dire que le Pr Koller voulait faire cette expérience pour aboutir à une des deux conclusions suivantes :

- les souris traitées se sont comportées exactement comme les témoins donc il n’y a pas d'effet avec l'appareil Priore ;
- Antoine Priore a fait une substitution et comme il ne connaissait pas l'antigène utilisé, ses souris de substitution ont été facilement identifiées.
Néanmoins, il reste un troisième résultat possible à cette expérience : les souris traitées avec l'appareil Priore ont développé une quantité surprenante d’anticorps contre l’antigène de ‘contrôle’ .

Malheureusement, cette expérience n'a jamais été faite par les chercheurs du C.B.R.I.

La coïncidence des dates entre la demande du Pr Ambrose afin que le Pr Koller collabore avec Antoine Priore et les bordelais et la "révélation" du Pr Latarjet selon laquelle ce même Koller considère les bordelais comme des fraudeurs, constituera un empêchement rédhibitoire.

Le Pr Ambrose[7] fît une deuxième tentative le 23 août, cette fois sans la collaboration du Pr Koller. Mais ce fut trop tard car le Pr A. Haddow[8], alors directeur du C.B.R.I., agacé par les rumeurs parisiennes mêlant son nom et son Institut à une fraude scientifique, décide d’arrêter les expériences avec Priore le 22 septembre 1966 et de suspendre la publication de leur note dans Nature. Dans une lettre à Rivière[9] le 12 octobre, le Pr Ambrose regrette vivement l’arrêt de cette collaboration et le fait que tout sera pris en main par Pr Latarjet.

Heureusement, une expérience de contrôle, identique à celle proposée par P. C. Koller, fut faite en 1971 par S. Avraméas et A. Lwoff, Prix Nobel de médecine[10] : Un lot de souris injecté avec un antigène connu par Lwoff seul (en l’occurrence de la peroxydase) et avec des trypanosomes, fut soumis, à l’insu d’Antoine Priore, au rayonnement de l’appareil en même temps que d’autres souris infestées uniquement avec des trypanosomes.

La troisième possibilité évoquée ci-dessus fut la bonne ! Les souris traitées, comme d’ordinaire étaient toutes débarrassées de leurs trypanosomes et les souris injectées avec la peroxydase avaient un taux d’anticorps élevé. Le taux des anticorps produits, analysés au laboratoire de l’Institut Pasteur à Paris, était huit fois plus élevé que pour les souris témoins !

La conclusion du Pr Lwoff fut qu’une quelconque substitution était impossible, car personne à Bordeaux ne savait qu’il avait injecté cet antigène supplémentaire à certaines souris. Le rayonnement Priore avait donc favorisé la production d’anticorps spécifiques ! Ce résultat transforma A. Lwoff en "priorephile" actif.

Rappelons que ce type d’expérience de contrôle des effets biologiques du rayonnement émis par les appareils de Priore, effectuée par Lwoff et Avraméas, ne fut ni la première, ni la dernière.

La toute première expérience fut menée par le Pr Courrier et Madame Colonge en février 1965[11]. Cette expérience était destinée à vérifier une des observations de Rivière et Guérin sur la tumeur LS347. Les rats utilisés dans l’expérience furent amenés de Paris par Madame Colonge. Elle était toujours présente lors de leur traitement chez Priore et le soir, elle transportait ces rats dans des cages cadenassées au laboratoire du Pr Pautrizel à Bordeaux. À la fin du traitement, les rats ont été ramenés au Collège de France où ils ont été conservés.

Cependant, l'expérience de contrôle la plus importante, au cours de laquelle les précautions prises contre une éventuelle fraude furent exceptionnelles, eut lieu en mai - juin 1969 (voir La commission de contrôle de mai 1969 pour les détails).

Cette commission de contrôle de 1969, constituée à la demande du Pr R. Courrier, était une commission officielle au-dessus de tout soupçon, car composée de 21 personnes sans communauté d’intérêts. Des précautions draconiennes furent prises pour vérifier l’expérience de base avec les trypanosomes :

- Injecter 60 souris avec 20000 trypanosomes equiperdum chacune,
- Diviser les souris en deux lots de 30 (témoins et traitées).
- Constater que toutes les souris témoins étaient mortes après 5 jours.
- Constater que toutes les souris traitées étaient vivantes après 5 jours et ne présentaient pas de Trypanosomes dans leur sang.

Le rapport de cette Commission, dans lequel sont confirmés les résultats de l’expérience sur les trypanosomes, est un document maître dans le dossier Priore. Ce rapport établit formellement le fait que l’effet du rayonnement sur les souris est bien réel !

La seule façon de contourner un tel document est d’ignorer sciemment son existence.

C’est cette attitude qu’adoptèrent les Professeurs J. Bernard et R. Latarjet dans leur rapport[12] très négatif sur Priore. Lors d’une réunion avec MM. Bernard et Latarjet, le 22 mars 1982, le Pr R. Courrier[13] rappela les conclusions de cette commission de contrôle et souhaita que ce rapport très négatif soit corrigé avant de l’envoyer au ministre de la recherche. Son vœu ne fut pas exaucé...

Toutes les expériences faites avec les animaux trypanosomés étaient d’une rigueur parfaite sur le plan biologique et irréprochables par rapport à la ‘substitution d’animaux’. Ces expériences n’ont jamais été mises en cause. Mêmes les professeurs Bernard et Latarjet, constatent dans leur rapport : « ... Pourtant, c’est dans ce domaine immunologique que la vraisemblance des résultats soulève le moins d’objections. Les effets de la machine, s’ils sont exacts (et nous pensons qu’ils le sont), ... ».

Si les expériences avec les trypanosomes sont admises, leurs conclusions doivent également être admises ! Cela signifie que le rayonnement Priore est capable de stimuler les défenses immunitaires d’une façon tout à fait incompréhensible !

Gardons cette conclusion en tête et revenons aux expériences avec les tumeurs greffées. Les constatations de Rivière, Guérin et Ambrose sur les phénomènes immunitaires apparaissent alors comme cohérentes et attendues. La justification par une substitution d’animaux n’est plus donc crédible !

Références

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  1. P. Chateaureynaud, « Carnet de laboratoire juin 1969 a »
    P. Chateaureynaud, « Carnet de laboratoire juin 1969 b »
    P. Chateaureynaud, « Carnet de laboratoire juillet 1969 »
    P. Chateaureynaud, « Rapport C.N.R.S. »
  2. R. Pautrizel, « Journal de juin 1981 »
  3. M-R. Rivière, « Nouvelles recherches effectuées chez des rats porteurs d'un lymphosarcome lymphoblastique soumis à l'action d'ondes électromagnétiques associées à des champs magnétiques. », dans Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, 20 juin 1966, p. 2669-2672 [[disponible sur Gallica texte intégral]] 
  4. A-N. Pautrizel, « Carnet de laboratoire 3 mai 1966 »
    A-N. Pautrizel, « Carnet de laboratoire 6 mai 1966 »
    A-N. Pautrizel, « Carnet de laboratoire 11 mai 1966 »
    A-N. Pautrizel, « Carnet de laboratoire 26 mai 1966 »
  5. J. Bernard et R. Latarjet, « Rapport Bernard-Latarjet, page 7 »
  6. E-J. Ambrose, « Lettre adressée à A. Priore 1 juin 1966 »
  7. E-J. Ambrose, « Lettre adressée à R. Pautrizel 28 août 1966 »
  8. A. Haddow, « Lettre adressée à A. Priore 22septembre 1966 »
    A. Haddow, « Lettre adresée à R. Courrier 22 septembre 1966 »
  9. E-J. Ambrose, « Lettre adressée à R-M. Rivière 12 octobre 1966 »
  10. S. Avraméas, « Lettre adressée à R. Pautrizel mars 1971 »
  11. R. Courrier, « Protocole expérience de contrôle 26 janvier 1965 »
    R-M. Colonge, « C.R. expérience de contrôle a »
    R-M. Colonge, « C.R. expérience de contrôle b »
    R-M. Colonge, « C.R. expérience de contrôle c »
  12. J. Bernard et R. Latarjet, « Rapport Bernard-Latarjet »
  13. R. Courrier, « C.R. réunionBernard-Latarjet 22 mars 1982 »
    R. Courrier, « Lettre adressée à R. Pautrizel juin 1982 »

Pourquoi le Pr A. Haddow a-t-il arrêté la collaboration avec Antoine Priore ?

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Les chercheurs du C.B.R.I. avaient des résultats encourageants sur les tumeurs animales et suffisamment de résultats montrant l’influence du rayonnement sur la croissance des cellules cancéreuses en culture pour envisager une publication dans la revue Nature. Pourquoi avoir donc tout arrêté en plein élan de recherche ?

Les raisons semblent être multiples :

  • La rumeur de fraude scientifique.
Sir Alexander Haddow, directeur d’un Institut prestigieux, président de l’Union Internationale de Lutte Contre le Cancer, était très frileux quant à sa réputation personnelle, la réputation de son Institut et la réputation de l’Union Internationale. L’idée que son nom puisse être mêlé à une fraude scientifique lui a probablement fait très peur.
Le fait que le danger vienne d’outre manche n’a certainement pas diminué ses craintes. Il aura sûrement demandé le conseil d’un de ses grands amis français, à savoir Raymond Latarjet (le Pr Haddow a reçu la Légion d’Honneur en 1969, sur recommandation de R. Latarjet)...
Il y a peu de doute de la forme que ce conseil a pris.
  • Un problème d’auteur avec la Note pour Nature.
MM. Rivière et Chouroulinkov ne voulaient pas publier l’article avec Antoine Priore comme coauteur, or le Pr Ambrose[1] refusait de publier l'article si Antoine Priore n’était pas coauteur !
Ce problème venait de Paris et est certainement lié à la rumeur de fraude. Le Pr Latarjet pouvait avoir une influence certaine sur le déroulement des carrières de Rivière et Chouroulinkov... Par exemple[2], en 1968 I. Chouroulinkov devait passer du grade de chargé de recherche à celui de maître de recherche au C.N.R.S. Il était classé N°1 des candidats de la section pathologie expérimentale. Le président de la commission, le Pr Gallais (qui était présent à la réunion de la D.G.R.S.T. du 3 juin 1966), voulait le refuser, parce qu’il était mêlé à l’affaire de Bordeaux. Le Pr G. Mathé, défenseur de Chouroulinkov, a répondu: il n’a rien publié. et Chouroulinkov eut sa promotion. Il y a bien d’autres exemples dans ce dossier de pressions exercées sur des chercheurs afin qu’ils ne publient pas les résultats de leur travail avec Priore.
  • Un problème de description des caractéristiques physiques de l’appareil de PRIORE.
Il était capital de décrire l’aspect physique des expériences. Ambrose avait fait quelques mesures rudimentaires du champ magnétique, de la température, de l’influence de la lumière etc. Il demanda à plusieurs reprises[3] que Priore publie les détails de son appareil, surtout depuis qu’il était protégé par des brevets. Antoine Priore ne réagit pas à ces demandes...

Références

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Pourquoi le Pr R. Latarjet a-t-il entretenu la rumeur de fraude ?

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Il est instructif de se rappeler le contexte de l’Affaire Priore entre le 1 mars 1965 et juin 1966.

Après la présentation orale des travaux de Rivière, Priore, Berlureau, Fournier et Guérin à l’Académie des sciences par le Pr Courrier la presse populaire s’était déchaînée[1] soit « pour », soit « contre » Antoine PRIORE.

Les cancérologues étaient agacés et irrités par toute la publicité faite. Les réunions du conseil scientifique de l’I.R.S.C. de Villejuif devenaient passionnelles quand il s’agissait de parler d’Antoine Priore[2]. Cependant Yvon Bourges, ministre de la recherche, demande[3] le 22 novembre 1965 à P. GRABAR, directeur de l’I.R.S.C., d’expérimenter l’appareil Priore. Il est prêt à consacrer les moyens financiers nécessaires. Le Pr P. Grabar accepte (voir la correspondance de Jacques Crozemarie[4].)

La société Moteurs Leroy (qui deviendra plus tard LEROY-SOMER) d’Angoulême s’associe avec Antoine Priore par le biais de la société S.E.R.E.S.O., créée le 15 juillet 1965. La S.E.R.E.S.O. avait comme but la commercialisation rapide des appareils de Priore. Les rapports entre LEROY-SOMER et Antoine Priore souffrent de leur durée, deviennent houleux et très conflictuels. Ils sont décrits en détail dans la Note [5].

Le prototype d’un soi-disant « appareil Priore » fut construit (le PR1) par la S.E.R.E.S.O. chez Antoine Priore, sous la direction de l’ingénieur de LEROY-SOMER, P. Ribeau. Les relations entre Antoine Priore et P. Ribeau étaient très tendues; le prototype en question n’était pas construit selon les consignes exactes d’Antoine Priore. Son efficacité était nettement moins bonne que le vieil appareil utilisé par Rivière et Guérin[6]. Cependant, le gérant de la S.E.R.E.S.O. et P.D.G. de LEROY-SOMER, G. Chavanes, le 28 février, est prêt à vendre[7] le PR1 à l’I.R.S.C. de Villejuif comme un véritable « appareil Priore » pour la somme de 716 000 F. (appareil), plus 41 000 F. (installation) à l'I.R.S.C..

L’appareil était destiné à l’usage de MM. Denoix et Latarjet.

En janvier 1966, le Pr Grabar[8] conseille à Rivière de ne plus rien publier de ses travaux avec Priore, car ça lui attirerait des ennuis... Puis en février il demande[9] au Pr Guérin, qui partira à la retraite fin 1966, de ne plus rien publier sur ses travaux avec Antoine Priore. On « oublie » aussi de convier le Pr Guérin à la réunion du 9 février 1966 à l’I.R.S.C.[10] quand P. Ribeau décrit[11] le PR1.

L’ambiance malsaine de l'I.R.S.C. à cette époque est bien traduite par le Pr W. Bernhard[12] lorsqu’il décrit le traitement infligé, par le Pr Denoix, le nouveau directeur, au Pr C. Oberling, ancien directeur de l’Institut G. Roussy et collaborateur du Pr Guérin !

Dès que Priore se rend compte que G. Chavanes veut vendre un appareil qui fonctionne mal, sous le nom d'un « appareil Priore », à l’I.R.S.C. il fait alerter les autorités[13] et empêche la vente du PR1, de peur que cet 'appareil Priore' donne des résultats médiocres et qui sonne le glas pour tous ses travaux. (L’attitude purement commerciale de G. Chavanes et de la S.E.R.E.S.O. mènera à la rupture le 7 juillet 1967 quand Antoine Priore démissionne de la société[14].)

Bilan de la situation: L’I.R.S.C. de Villejuif, et en particulier R. Latarjet, n’a pas son « appareil Priore ». Quels sont alors les sentiments de MM Denoix et Latarjet ? Ce dernier devait penser :

  • Les « bordelais » ont un appareil à leur disposition ;
  • Les anglais travaillent avec cet appareil et ils veulent en faire construire un à Londres[15] ;
  • Si Villejuif est privé de son appareil c’est certainement grâce aux manigances des bordelais, pour garder la main mise sur une découverte qui peut rapporter gros pour les expérimentateurs (honneurs, gloire, Prix Nobel, etc.).

On peut alors imaginer une réaction puérile et égoïste :

Évincer les anglais et les bordelais, puis récupérer l’appareil.

Tout ceci n’est bien sûr hypothèse !! Quoique... On peut se faire une idée de la personnalité de Raymond Latarjet à travers une entrevue qu’il accorda à la revue féminine ELLE en 1980[16]. Il y parait comme un homme très compétitif, sûr de lui, manquant de modestie et jaloux des succès de ses confrères. Il raconte par exemple que le Pr A. Lwoff avait trouvé des résultats importants (pour lesquels il reçut le Prix Nobel !) parce qu’il travaillait ‘salement’ et que lui, qui avait fait la même expérience avant Lwoff, n’avait rien vu parce qu’il travaillait ‘proprement’...

Il était probablement très difficile aussi pour lui d’admettre publiquement qu’il avait commis une grave erreur en répandant la rumeur de fraude pendant des années.

Bien qu’il soit impossible pour nous de nous mettre à la place du Pr Latarjet, de comprendre ses motivations véritables et les raisons pour lesquelles il a entretenu cette rumeur jusqu'en 1988 au moins, nous pouvons tout de même nous poser quelques questions de fond.

  • Le Pr Latarjet voulait-il simplement transmettre les doutes et les accusations du Pr Koller ?
Dans ce cas, pourquoi a-t-il toujours refusé de transmettre les photocopies de ses lettres aux chercheurs mis en cause, et pourquoi laisse-t-il la responsabilité de ses accusations au Pr Koller ?
  • Peut-être que le Pr Latarjet était totalement honnête et intègre, possédant un sens aiguë de la vérité ?
Peut-être avait-il pour mission de dénoncer tout ce qui s'écartait du droit chemin et qui risquait de déshonorer la recherche scientifique ?
Dans ce cas, pourquoi ne s'est-il jamais informé auprès de ses collègues chercheurs qu'il estimait trompés par Antoine Priore ?
  • Le Pr Latarjet n’était-il pas en fait quelqu’un qui ne supportait pas que quoique ce soit d'important, se passant dans son domaine de spécialisation, puisse échapper à son contrôle ?
Le 3 juin 1966, R. LATARJET venait de recevoir la lettre de P. C. Koller qui ne disait pas qu’il pensait à une fraude, mais qu’il voulait partir sur une piste, qui, si elle était confirmée, serait très importante et féconde. Il sait aussi, à ce moment là, que l’I.R.S.C. et en particulier lui-même, n’aura pas son appareil Priore comme prévu. Le Pr Latarjet, préfère-t-il détruire ce qui lui échappe ? Imaginons que la découverte importante de Priore est annoncée par des anglais... quelle horreur... ! Le prix Nobel pour eux, le prix du ridicule pour nous... !

Curieusement, une des décisions prises lors de la réunion à la D.G.R.S.T. du 3 juin, après l’intervention du Pr Latarjet, fût d’attribuer à J. Bernard et à R. Latarjet une subvention de 100 000 F. pour prendre en main les expérimentations chez Priore ! On peut supposer que si les anglais sont écartés..., si Rivière et Guérin sont écartés..., si Pautrizel est discrédité... le champ sera libre pour prendre en main l’appareil Priore. Or cette expérimentation de J. Bernard et R. Latarjet n’eut jamais lieu. Les raisons multiples de ce blocage sont discutées dans la Note[17].

L’affaire des « Souris Anglaises » est à la fois une affaire d'honnêteté intellectuelle et d'honnêteté tout court. Lorsque quelqu’un d'intelligent propage une rumeur aux conséquences graves et qu’il ne s’informe pas sur ses fondements, son comportement ne peut s'expliquer que par le désir de nuire.

Il nous est impossible de savoir ce qui s'est réellement passé dans la tête de R. Latarjet. Néanmoins, nous pouvons aujourd’hui constater les conséquences de ses actes. Il est vrai que, chez certains, le fait de perdre la face, de perdre le contrôle, de perdre tout court, est un sentiment insupportable. Un exemple: dans le milieu médico-golfeur parisien, dont autrefois R. Latarjet faisait partie, on raconte que sa démission, vite acceptée par le comité de son club de golf, lui a évité une enquête "embarrassante" sur la falsification de ses scores de golf dans certaines compétitions...

Perdre est pour certains si difficile, qu’ils ne l’acceptent pas, même pour des choses très futiles.

Références

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  1. La Presse, Radio et T.V. et l'Affaire Priore
  2. L. Bugnard, « P.V. de la réunion I.R.S.C. du 2 avril 1965 »
    M-R. Rivière et M. Guérin, « Lettre adressée au D-G du C.N.R.S. le 5 avril 1965 »
    M-R. Rivière et M. Guérin, « Lettre adressée à P. Grabar, directeur de l'IRSC »
    E. Wolff, « Lettre adressée à P. Grabar le 24 avril 1965 »
    E. Wolff, « Lettre adressée à R. Courrier le 24 avril 1965 »
    A. Lwoff, « Lettre adressée à P. Grabar le 9 avril 1965 »
    R. Courrier, « Lettre adressée à P. Grabar 24 avril 1965 »
    A. Lwoff, « Lettre adressée à L. Bugnard le 20 juin 1965 »
    R. Courrier, « Note personnelle 2 décembre 1965 »
  3. Y. Bourges, « Lettre adressée à P. Grabar22 novembre 1965 »
  4. J. Crozemarie, « Lettre adressée à R. Courrier le 1 décembre 1965 »
    J. Crozemarie, « Lettre adressée à A. Maréchal le 11 mars 1966 »
    R. Courrier, « Note personnelle du 17 février 1966 »
    P. Grabar, « Lettre adressée à G. Palewski le 2 décembre 1965 »
  5. Leroy-Somer et Antoine Priore
  6. A. Priore, « Lettre adressée à G. Chavanes le 17 août 1967 »
    R. Pautrizel, « Lettre adressée à M. Seligmann 1 octobre 1966 »
    M. Seligmann, « Lettre adressée à R. Pautrizel le 29 septembre 1966 »
  7. J. Crozemarie, « Lettre adressée à A. Maréchal le 11 mars 1966 »
    J. Crozemarie, « Lettre adressée à R. Courrier le 25 mars 1966 »
    J. Crozemarie, « Lettre adressée à R. Courrier le 13 avril 1966 »
  8. R. Courrier, « Note personnelle janvier 1966 »
  9. R. Courrier, « Note personnelle du 5 février 1966 »
  10. R. Courrier, « Note personnelle du 26 janvier 1966 »
  11. P. Ribeau, « Exposé à la réunion du 9 février à l'IRSC »
  12. W. Bernhard, « Lettre adressée à P. Denoix le 2 mars 1964 »
    W. Bernhard, « Lettre adressée à R. Courrier le 3 mars 1964 »
  13. M. Fournier, « Lettre adressée à R. Courrier le 7 mars 1966 »
  14. A. Priore, « Lettre adressée à G. Chavanes le 7 juillet 1967 »
  15. R. Courrier, « Note personnelle du 3 mai 1966 »
  16. ELLE 13 octobre 1980, « Raymond Latarjet »
  17. La D.R.M.E. et la D.G.R.S.T. et l'Affaire Priore

Conclusion

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La rumeur, selon laquelle Antoine Priore et « les bordelais » avaient truqué les expériences des chercheurs du Chester Beatty Research Institute de Londres, apparut dans les six premiers mois de 1966. Elle fût principalement propagée et entretenue, jusqu'à une date récente, par le Pr R. Latarjet, ancien directeur de l'Institut du radium de Paris.

Les insinuations à la base de cette rumeur ne résistent pas à un examen attentif des documents de l'époque et aux résultats des expériences ultérieures comme :

- La commission de contrôle de 1969,
- L’étude sur les greffes de peau de 1969 - 1970,
- Les corrélations, établies en 1971, entre les effets biologiques et les paramètres physiques du champ électromagnétique des appareils de PRIORE.

L’accusation de substitution d’animaux devient donc caduque.

L’attitude du Pr R. Latarjet qui persista à répandre la rumeur de fraude, malgré les preuves du contraire et la légèreté des soupçons, montre un comportement indigne d’un homme de science, pour ne pas dire plus.

Notre conclusion est donc la suivante :

L’accusation de fraude et de substitution d’animaux formulée contre Antoine Priore et les ‘bordelais’ est absolument sans fondement.