Formation musicale/Analyse d'une œuvre

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8. Analyse d'une œuvre


L'analyse d'une œuvre consiste, à partir de l'écoute et/ou de l'étude de la partition, à déterminer les caractéristiques principales d'une œuvre. Dans la pratique musicale, cette démarche est utile pour l'interprétation : en déterminant le caractère de l'œuvre, son style, en repérant les lignes directrices, on peut retranscrire ces éléments lorsque l'on joue.

Analyse d'une partition

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Sur une partition, on s'attache à déterminer :

  • la tonalité principale ;
  • les modulations ;
  • les phrases musicales ;
  • les cadences ;
  • la structure globale du morceau.

Cela peut nécessiter de chiffrer des accords (voir Harmonie > Notation des accords de trois notes et suite).

L'analyse d'une partition se fait toujours avec une écoute préalable, afin de « ressentir », les éléments que l'on doit par la suite identifier.

Tonalité principale

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Nous nous plaçons ici dans le cas de la musique tonale.

Dans la plupart des cas, la tonalité principale est donnée par l'armure, comme expliqué à Gammes et intervalles > Altérations à l'armure.

Rappel concernant l'armure :

  • s'il n'y a aucune altération, la tonalité majeure possible est do majeur ;
  • si l'on a des dièses, on se place un demi-ton au-dessus du dernier dièse pour avoir la tonalité majeure ;
  • s'il y a un seul bémol, on peut être en fa majeur ;
  • s'il y a deux bémols ou plus, l'avant-dernier bémol donne le nom à la tonalité majeure possible.

L'armure donne donc la tonalité majeure possible ; on détermine la tonalité mineure possible en descendant d'une tierce mineure (par exemple do majeur → la mineur, fa majeur → mineur etc.)

Dans le cas d'une tonalité mineure, le degré VII est en général altéré, élevé d'un demi ton pour former une sensible : diésé ou, s'il a un bémol à l'armure, bécarré. On cherche donc une telle altération.

Une autre information importante est le dernier accord : il s'agit normalement de l'accord sur la tonique (accord conclusif).

Pour lever le doute sur la tonalité, on peut vérifier que les phrases musicales s'appuient sur la tonique (degré I) et la dominante (degré V) de la gamme.

 
Sarabande de Haendel (1733).
Exemple
Considérons la Sarabande de Haendel (1733) ; le document comporte deux pages[1].
Il y a un bémol à la clef, les tonalités possibles sont donc fa majeur et mineur. Nous voyons un do dièse à la deuxième mesure, il pourrait donc s'agir de mineur (le do♯ étant alors la sensible). Le dernier accord est clairement un accord parfait de mineur : l'accord final est (dernière note à la basse) - fa - la - ré. On note de plus que sur la dernière mesure, on a à la basse un arpège sur mineur : lafala.
La tonalité principale est donc clairement mineur.

Phrases musicales

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Les phrases musicales sont des parties qui, si on les joue, forment un « mini-morceau » au sein du morceau. Il faut donc les identifier en les chantant ou en écoutant le morceau. Les phrases sont habituellement séparées par des silences, mais on peut avoir des silences au sein d'une phrase, et des phrases qui s'enchaînent sans silence.

Exemple
La partition de la Sarabande de Haendel fait apparaître des double-barres de mesure, qui signalent des grandes parties (certaines portent d'ailleurs des noms : « Var. 1 » et « Var. 2 »). Une phrase ne peut pas être à cheval sur deux parties.
Considérons les trois premiers systèmes (mesures 1 à 16) qui forment la première partie. On voit que l'on peut considérer deux parties de huit mesures chacune : mesures 1 à 8 et mesures 9 à 16. En effet, les mesures 9 à 12 répètent les mesures 1 à 4, puis les mesures 13 à 16 sont une variation des mesures 5 à 8.
On a donc une première phrase qui s'étend sur les mesures 1 à 8, puis une seconde sur les mesures 9 à 16. Cette structure se répète sur les deux parties suivantes, les phrases musicales sont donc sur les mesures {17 - 24}, {25 - 32}, {33 - 40} et {41 - 48}.

Modulations et progression harmonique

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La modulation est le changement de tonalité ; la progression harmonique est la succession des différentes tonalités. En général, on a deux types de changements :

  • vers un « ton voisin » : on passe du majeur au mineur ou vice-versa ; on ajoute ou on enlève une altération ;
  • vers la « tonalité homonyme » : on garde la même nom mais on change l'adjectif majeur ↔ mineur ;
  • une « marche harmonique » : une phrase est répétée à l'identique mais un intervalle donné plus haut ou plus bas.

Pour déterminer les tons voisin, il suffit de modifier l'armure et de regarder les tonalités correspondantes. On peut aussi retenir que les noms des tons voisins sont les degrés IV et V de la tonalité principale.

Dans une tonalité donnée, la mélodie et l'harmonie sont souvent structurées autour de la tonique (degré I) et de la dominante (degré V). La modulation se fait souvent en commençant par l'accord de dominante de la nouvelle tonalité.

Exemple
La tonalité principale de la Sarabande de Haendel est donc mineur, avec un bémol à la clef. La relative majeure est fa majeur. Les tons voisins ont 0 bémol et 2 bémols. On a donc les tons voisins suivants :
Tons voisins de mineur
Armure 0♭ 1♭ 2♭
Majeur do M fa M si♭ M
Mineur la m m sol m
On remarque que sol et la sont les degrés IV et V de mineur, et que si♭ et do sont les degrés IV et V de fa majeur.
La tonalité homonyme est majeur, avec donc deux dièses à la clef (fa♯ et do♯).
On cherche donc dans la partition si l'on voit apparaître :
  • des do♮, qui indiqueraient une modulation vers fa M ;
  • des si♮, qui indiqueraient une modulation vers do M, ou vers la m s'ils sont associés à des sol♯ ;
  • des mi♭ qui indiqueraient une modulation vers si♭ M, ou vers sol m s'ils sont associés à des fa♯ ;
Considérons la première phrase (mesures 1 à 8) :
  • mesure 3 : on a un do♮, pouvant indiquer une modulation en fa M ; cela est confirmé par les accords utilisés : fa - fa - do - fa - la (accord parfait de fa majeur, donc sur la tonique) et do - do - mi - sol (accord parfait de do M, donc sur la dominante) ;
  • mesure 4  : apparition d'un fa♯, donc possible modulation en sol m, confirmée par la présence de l'accord sol - ré - sol - si (accord parfait de sol m, sur la tonique) ;
  • mesure 5 : le retour du fa♮ pourrait indiquer un retour à la tonalité d'origine m, ce qui serait logique pour clore la première partie ; cela est confirmé par la présence du do♯ à la mesure 8 (le do♮ à la basse de la mesure serait juste une note de passage) et les accords utilisés, ré - ré - fa - la (degré I), la - mi - la - do♯ (degré V).
La progression harmonique est donc m - fa M - sol m - m (deux mesures par tonalité).

Cadences

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Une cadence est une progression d'accords concluant une phrase, une partie, un morceau. On distingue principalement :

  • la cadence parfaite : accords sur la dominante suivi d'un accord sur la tonique, donc succession V - I ; elle peut être préparée par un accord sur la sous-dominante (cadence italienne, cadence complète), IV - V - I, ou par le second renversement de l'accord sur la tonique (appoggiature de cadence), I64 - V - I ; elle a un effet conclusif ;
  • la demi-cadence : la phrase se termine sur un accord de dominante, V ; elle crée un effet d'attente, un effet suspensif ;
  • la cadence rompue ou évitée : succession d'un accord de dominante et d'un accord de sus-dominante, V - VI ; elle a un effet suspensif ;
  • la cadence plagale : succession d'un accord de sous-dominante suivit d'un accord de tonique, IV - I ; elle est utilisée après une cadence parfaite (donc V - I - IV - I) et a un effet conclusif, renforcé par rapport à la cadence parfaite seule.

En jazz, on utilise souvent la cadence II - V - I qui est parfois appelée turnaround, bien qu'au sens propre, le terme turnaround peut désigner plusieurs progressions d'accord différentes. C'est un mouvement de quintes descendantes (puisque le degré II est enharmonique de IX, on a donc une première quinte descendante IX - V puis une deuxième V - I).

Exemple
Pour chaque tonalité identifiée, nous cherchons les accords sur les degrés I et V, principalement à la fin des phrases. L'exposition du thème est composée de cellules de deux mesures dans une tonalité :
  • la première cellule, en m, se termine par un accord de la, degré V, c'est donc une demi-cadence ;
  • la deuxième cellule, en fa M, se termine par un accord de do, degré V, c'est donc aussi une demi-cadence ;
  • la troisième cellule, en sol m, se termine par un accord de , degré V, c'est donc encore une demi-cadence ;
  • la quatrième cellule, en m, se termine elle aussi par un accord de la, degré V, demi-cadence.
Cela se répète dans la deuxième partie de l'exposition du thème (demi-cadences aux mesures 10, 12 et 14) mais la phrase se termine par une cadence parfaite sur les mesures 15-16 : {sol - } (IV) - {la - fa} - {la - } (V) - { - fa - la - } (I).

Structure globale

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Il existe de nombreuses structures de morceaux. Les deux plus courantes en musique classique sont :

  • la forme rondo : on a un thème, noté « A », qui se répète — on parle de partie récurrente ou de refrain —, et on lui intercale d'autres thèmes — des épisodes contrastants parfois appelés couplets —, notés « B », « C », « D »… Le morceau a donc une structure A/B/A/C/A/D…
  • thème et variation : on a l'exposition d'un thème (une mélodie), puis ce thème est repris en étant transformé. Le morceau a donc une structure A/A’/A’’/A’’’…

Les morceaux comportent souvent une introduction et une coda (conclusion).

Exemple
Dans la Sarabande de Haendel, les noms des parties, « Var. 1 » et « Var. 2 », indiquent clairement une structure de type « thème et variation ». La mélodie au sein d'une phrase s'appuie sur les notes familasolsilado♯ (une note par mesure), et cette progression se répète dans chaque variation. Par rapport aux modulations, on : [ m : IIIII] ↗ [fa M : IIIII] ↗ [sol m : IIIII] ↗ [ m : IVII].
L'harmonie au sein de la première phrase s'appuie sur les accords parfaits m - la M - fa M - do M - sol M - M - sol M (renversé) - la M (un accord par mesure). La progression harmonique de la deuxième phrase diffère à la fin : les 5 premières mesures sont identiques, puis l'on a fa M - sol m/la M - m. Avec les modulations, on a donc :
  • première phrase : [ m : I - V] - [fa M : I - V] - [sol m : I - V] - [ m : IV - V] ;
  • seconde phrase : [ m : I - V] - [fa M : I - V] - [sol m : I - VII] - [ m : IV/V - I].

En jazz, on a souvent deux thèmes A et B, qui se succèdent sous la forme A/A/B/A.

Le blues est une structure que l'on retrouve dans le style blues bien évidemment, mais aussi en jazz, rythm 'n' blues, musique soul et en rock 'n' roll. C'est une progression de trois accords, sur les degrés I, IV et V, sur 12 mesures (voir Harmonie > Progression blues).

Dans la musique populaire, on a souvent une forme rondo simplifiée couplet/refrain : A/B/A/B ; ou bien couplet/refrain/couplet/refrain/pont/refrain : A/B/A/B/C/B.

Analyse à l'écoute

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Notes et références

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  1. Pour l'écouter : Supraphon (Zuzana Růžičková), « Suite for Harpsichord in D minor - Sarabande (with Variations) », sur YouTube, (consulté le 24 août 2023).

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