« Photographie/Personnalités/B/Hippolyte Bayard » : différence entre les versions

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Et commence l’année 1839, particulièrement faste pour la photographie mais année de malchance pour Hippolyte.
 
Le 7 janvier 1839, l’astronome François Arago, secrétaire de l’Académie des sciences et futur ministre, révèle qu’un certain Daguerre a découvert une méthode pour fixer sur une plaque de métal les images obtenues avec une chambre noire. La nouvelle fait sensation et toute la presse s'en empare. C’est extraordinaire, direz-vous ? AÀ proprement parler, non. Tout d’abord parce qu’aucune explication n’est fournie par Arago sur le procédé dont il parle. De plus, Daguerre n’a en réalité fait que reprendre les travaux de Niépce en mettant ce dernier dans l’ombre et en se plaçant lui-même en avant. Et enfin, que feriez vous aujourd’hui avec un appareil photo qui vous sort des images sur une plaque de métal : c’est un peu lourd et encombrant et, surtout, pas question d’agrandir ou de reproduire.
 
Le 20 janvier, stimulé par la nouvelle, Bayard se lance dans de nouvelles expériences. Quinze jours plus tard, le 5 février, il montre au physicien César Desprets ses épreuves sur papier (en 1846, dans les cours de physique qu’il donnait à la Sorbonne, Desprets faisait circuler parmi ses élèves ces étonnantes photographies de Bayard). Oui mais les photos de Bayard étaient des négatifs sur papier, donc peu lisibles. Encore une fois, pas de chance ! Quoique, comme le fait remarquer [[Henry Fox Talbot]] qui se livre à des expériences analogues en Angleterre : dans un compte-rendu au Royal Institute, le 21 février, il souligne en effet en parlant d’images négatives : « Si l’image ainsi obtenue est assez bien fixée pour subir l’action du soleil, on pourra ensuite l’utiliser comme objet à copier ». Hé oui, des photos à volonté.
Et la poisse continue. Le 20 mai, Bayard rend visite à Arago pour lui montrer ses travaux. Ce dernier, plein d’enthousiasme pour le daguerréotype, n’encourage pas Bayard et lui demande même de ne rien tenter qui puisse nuire à la découverte de Daguerre (le fait est rapporté par Lacan dans le journal « La lumière » du 2 septembre 1854). Le 14 juin, soit moins de 3 semaines après cette rencontre et grâce à Arago, le gouvernement français achète l’invention de Daguerre et Niépce dont on n’a encore pas vu le résultat et dont on ne connaît toujours pas le procédé. C’est vraiment la poisse !
 
Le 24 juin 1839, une vente de charité est organisée dans la salle des commissaires-priseurs, rue des Jeûneurs à Paris, au profit des victimes du tremblement de terre survenu à la Martinique en janvier de la même année. AÀ cette occasion, Bayard expose trente épreuves d’architecture et de natures mortes de différentes tailles. Ces images ont tellement retenu l’attention du public qu’il en fut rendu compte dans plusieurs journaux comme ''Le Moniteur'' ou ''Le Constitutionnel''. Et pendant ce temps-là, Talbot n’a que des résultats médiocres en Angleterre ; quant à Daguerre, il n’a toujours rien dit ni montré.
 
Le 19 août 1839, Arago révèle devant l’Académie des Sciences et des Beaux-Arts le mode d’obtention du daguerréotype et dans sa grande générosité, annonce que la France en dote libéralement le monde. Avec la même générosité, Arago obtient une somme de 600 francs au profit de Bayard pour lui permettre de s’acheter enfin (voir ce qui s’est passé quelques années auparavant) un objectif de meilleure qualité. Finie la poisse ? Pas vraiment car sachez qu’au même moment, Daguerre obtient une rente annuelle de 6 000 francs !
Qu’à cela ne tienne, les deux mêmes présidents décidèrent de faire appel à un graveur et, à la rentrée scolaire 1989, la médaille existait grâce à l’excellent travail de Jean-Luc Maréchal, graveur hors pair. C’est la raison pour laquelle la médaille en question n’est pas diffusée par le canal habituel, mais exclusivement par le biais de l’Association culturelle qui en est propriétaire.
 
AÀ la fin de l’année 1989, le Salon National Interfinances de Photographie est organisé dans le hall du Ministère des Finances à Bercy. Cela promettait d’être prestigieux, jugez-en plutôt : un ministère tout neuf où l’ensemble des agents venait de s’installer quelques mois plus tôt, le 150e anniversaire de la première exposition photo organisée par un collègue des Finances, un salon qui regroupait, outre les 160 à 170 photos qu’on y trouve chaque année, des objets relatifs à Bayard et surtout une douzaine de ses photos originales prêtées par la Société Française de Photographie. Je me souviens d’ailleurs que, pendant la préparation matérielle de ce salon, les deux Ministres, celui des Finances et celui du Budget, s’étaient arrêtés à plusieurs reprises en passant dans le hall pour s’intéresser à l’ensemble de l’exposition.
 
Tout va bien, me direz-vous ? Si vous répondez « oui » c’est que vous ne savez pas tout : nous sommes tout à la fin de l’année 1989 et à cette époque les services des administrations financières étaient un petit peu en effervescence sociale. La veille du jour fixé pour le vernissage du salon, le Ministre décida qu’aucune manifestation officielle n’aurait lieu dans les locaux du ministère tant que les conflits sociaux n’auraient pas cessé. Il fallut donc annuler en catastrophe le vernissage, prévenir les représentants des photo-clubs (enfin presque tous) qui devaient venir de l’ensemble des départements, et c’est ainsi que le pauvre Hippolyte se retrouva seul dans le vaste hall d’un non moins vaste ministère.
 
Depuis, le temps a passé. AÀ ma connaissance, Hippolyte Bayard n’a plus la poisse. Encore que... tenez-moi au courant si vous apprenez quelque chose !
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