« Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions Ier millénaire AEC » : différence entre les versions

<div style="text-align: justify; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">''<i>([[w:Ablatif#En_latin|Ablatif]] singulier de [[wikt:divinatio#Latin|divinatio]], « divination, faculté de prédire la volonté du Ciel, des dieux »; dérivé de [[wikt:divinatus#la|divinatus]]; [[w:Participe|Participe]] passé de [[wikt:divino#Latin|divino]], « prédire, présager, prophétiser, deviner, dévoiler »; de [[wikt:divinus#Latin|divinus]], « divin, devin, prophétique »; dérivé de [[wikt:divus#Latin|divus]], « divin » et/ou [[wikt:divum#Latin|divum]], « plein air, ciel »; tous deux de l’indo-européen commun * di, « briller, soleil, jour, dieu »)</i>''</div>
<div style="text-align: justify; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">Dialogue philosophique de '''Cicéron''', publié en [[w:44_av._J.-C.|-44]] qui traite des divers procédés de [[w:Divination|divination]] connus et pratiqués à son époque. Cet ouvrage constitue avec [[w:De_natura_deorum|''<i>De natura deorum</i>'']] [[s:la:De_natura_deorum|<sup>📜</sup>]] et [[w:De_fato|''<i>De fato</i>'']] [[s:Du_Destin|<sup>📚</sup>]] [[s:la:De_fato|<sup>📜</sup>]] une trilogie d’ouvrages traitant du sacré et des pratiques et phénomènes qui lui sont liés. '''Cicéron''' y analyse avec scepticisme les diverses formes de la divination et critique les théories des stoïciens qui la défendent.</div></poem>
 
 
 
:'''Traductions'''
 
<div style="text-align: justify; direction: ltr; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid;"><br /><poem><div style="text-align: justify; direction: ltr; margin-left: 2em; margin-right: 2em;">'''XLIX.''' Mais revenons à l’objet de ce discours. Si, ne pouvant dire pourquoi chacune de ces choses est arrivée, je puis du moins prouver qu'elles sont arrivées , est-ce répondre faiblement à [[w:Épicure|'''Épicure''']] et à [[w:Carnéade|'''Carnéade''']]? Mais j'ose dire même que, s’il est difficile de rendre compte de la divination naturelle, l’artificielle peut être aisément expliquée. Les prédictions fournies par l’inspection des entrailles, par les foudres, par les prodiges et par les astres, sont fondées sur une longue observation. Or, en toutes choses, le temps et l'étudel’étude sont la source des connaissances les plus mermerveilleuses; on peut les acquérir même sans l’entremise et l’inspiration des dieux, lorsqu’on a observé à plusieurs reprises les effets de chaque chose, et ce qu'elle signifie. La divination naturelle peut, de son côté, par des raisons physiques, être rapportée à la nature des dieux, de laquelle, selon l’opinion des hommes les plus sages et les plus instruits, nos âmes sont émanées, et qui, remplissant tont d’une intelligence éternelle et d’un esprit céleste, doit nécessairement faire sentir quelquefois à l'âme humaine l’influence de cette parenté divine. Mais, pendant la veille, nos âmes sont asservies aux besoins du corps, et se trouvent éloignées, par les liens qui les enchaînent, du commerce de la divinité. Il n’y a qu’un petit nombre de mortels qui, se détachant en quelque sorte de leur corps, s’élèvent de toute la force de leur âme à la connaissance des choses supérieures à l’homme. Le talent qu’ils ont de lire dans l’avenir ne vient point immédiatement des dieux, mais de leur propre raison [[#raison|<sup>'''1'''</sup>]]; et c’est la nature même qui leur montre d’avance les déluges, et l’embrasement futur du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des états, prévoient de loin, comme [[w:Solon|'''Solon''']], la naissance de la tyrannie [[#tyrannie|<sup>'''2'''</sup>]]. Nous pouvons les appeler prudents, c’est-à-dire prévoyants; mais nous ne pouvons non plus leur donner le nom de devins qu’au philosophe '''Thalès''', qui, prévoyant qu’il y aurait une grande abondance d’olives dans le territoire de [[w:Milet|''<i>Milet</i>'']], et voulant faire voir à ceux qui lui reprochaient son indifférence pour la fortune, qu’il ne tenait qu’à un philosophe de s’enrichir, acheta toute la récolte des oliviers avant qu’ils fussent en fleurs [[#oliviersPrediction|<sup>'''3'''</sup>]]. On dit aussi qu’il prédit le premier une éclipse de soleil, qui eut lieu sous [[w:Astyage|'''Astyage''']]. [[#eclipseAstyage|<sup>'''4'''</sup>]]
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veilleuses ; on peut les acquérir même sans l'entre-
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mise et l'inspiration des dieux, lorsqu'on a observé à
plusieurs reprises les effets de chaque chose, et ce
qu'elle signifie. La divination naturelle peut, de son
côté, par des raisons physiques, être rapportée à la
nature des dieux, de laquelle, selon l'opinion des hom-
mes les plus sages et les plus instruits, nos âmes sont
émanées, et qui, remplissant tont d'une intelligence
éternelle et d'un esprit céleste, doit nécessairement
faire sentir quelquefois % l'âme humaine l'influence de
cette parenté divine. Mais, pendant la veille, nos
âmes sont asservies aux besoins du corps, et se trou-
vent éloignées, par les liens qui les enchaînent, du
commerce de la divinité. Il n'y a qu'un petit nombre
de mortels qui, se détachant en quelque sorte de leur
corps, s'élèvent de toute la force de leur âme à la con-
naissance des choses supérieures à l'homme. Le talent
qu'ils ont de lire dans l'avenir ne vient point immé-
diatement des dieux, mais de leur propre raison * ; et
c'est la nature même qui leur montre d'avance les
déluges, et l'embrasement futur du ciel et de la terre.
D'antres, appliqués au gouvernement des états, pré-
voient de loin, comme Solon, la naissance de la ty-
rannie *. Nous pouvons les appeler prudents, c'est-à-
dire prévoyants ; mais nous ne pouvons non plus leur
donner le nom de devins qu'au philosophe Thalès,
qui, prévoyant qu'il y aurait une grande abondance
d'olives dans le territoire de Milet, et voulant faire
voir à ceux qui lui reprochaient son indifférence pour
la fortune, qu'il ne tenait qu'à un philosophe de s'en-
richir , acheta toute la récolte des oliviers avant qu'ils
fussent en fleurs **. On dit aussi qu'il prédit le premier
une éclipse de soleil, qui eut lieu sous Astyage. ***
 
 
 
<div style="text-align: center; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">'''<small><span id="raison"><sup>1</sup></span> ''<i>Voy.</i>'' [[w:Maxime_de_Tyr|Maxime de Tyr]], ''<i>Dissertat.</i>'' XIX, c. 5, saint Augustin, ''<i>de Divin. dæmon.</i>'', c. 4, etc. ''<i>Davies.</i>''—— <span id="tyrannie"><sup>2</sup></span> Celle de [[w:Pisistrate|Pisistrate]].—— <span id="oliviersPrediction"><sup>3</sup></span> ''<i>Voy.</i>'' la ''<i>Politique</i>'' d’Aristote, I, 11, et les auteurs cités par Ménage sur Diogène Laërce, I, 26.—— <span id="eclipseAstyage"><sup>4</sup></span> Hérodote, I, 74, 103, etc.</small>'''</div>
 
 
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<div style="text-align: right; direction: ltr; margin-left: 2em; margin-right: 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Unième</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f9.item <u>De Divinatione.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f29.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f135.item ''<i>XLIX</i>''], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.</div>
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