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(La signification par les principes)
Les théories, ou les cadres théoriques, sont l'équivalent parlant des cadres conceptuels muets. Une théorie est déterminée avec un système de noms, destinés à nommer des concepts, et un système de principes, des axiomes et des définitions, qui permettent de raisonner avec les concepts nommés.
 
Dès que les concepts empiriques ne sont pas purement empiriques, leur observation dépend d'une interprétation théorique, on a besoin d'une théorie pour savoir les attribuer, il faut donc connaître des principes pour les connaître. Pour comprendre lela langageparole il faut connaître des principes, parce qu'ils servent à déterminer les significations des expressions.
 
Une théorie reçoit une interprétation empirique lorsque les concepts nommés sont identifiés à des propriétés ou à des relations observables qui forment ensemble un cadre conceptuel empirique. Une même théorie peut être interprétée par plusieurs cadres conceptuels empiriques différents, mais elle impose des contraintes sur les significations empiriques acceptables. L'interprétation ne doit pas contredire les principes de la théorie. Par exemple, la vérité du principe de transitivité, 'si x est plus grand que y et y est plus grand que z alors x est plus grand que z' est admise par définition de la relation 'est plus grand que'. Celle-ci peut être interprétée de multiples façons empiriques, mais le principe de transitivité ne pourra jamais être contredit par nos observations. S'il conduit à une anticipation erronée, on dira que la relation observée a été mal nommée, qu'elle n'est pas une signification empirique que l'on peut donner à l'expression 'est plus grand que'. Le paradoxe de Condorcet (1785), en science politique, illustre cette priorité du principe de transitivité :
On peut supposer que des résultats électoraux donnent de la force aux divers candidats en présence et songer à mesurer cette force. Soit une élection où chaque électeur doit ranger trois candidats A, B et C par ordre de préférence, et supposons que les trois ordres ABC, BCA et CAB aient chacun été choisis par un tiers de l'électorat. Il semble que la force de A est plus grande que celle de B, puisque deux tiers de l'électorat préfère A à B. De même B est plus fort que C, et C est plus fort que A. Le principe de transitivité est donc contredit par l'expérience. Mais il n'est pas réfuté pour autant, il a seulement été mal appliqué, parce qu'un tel système électoral ne permet pas de mesurer ainsi la force des candidats. On ne dira pas que le cadre théorique (la mesure de la grandeur des forces) est faux, mais seulement qu'il n'est pas adapté à la réalité perçue.
 
Une expression peut avoir de nombreuses significations empiriques, et on peut toujours en inventer de nouvelles. Mais quand les principes sont vrais par définition ils imposent des contraintes d'interprétation, des limites aux significations empiriques que nous pouvons donner à nos expressions. Les interprétationssignifications empiriques de nos expressions ne sontpeuvent pas indépendantesêtre deschoisies interprétationslibrement abstraitessans tenir compte des principes. La vérité pardes définitionprincipes est en général prioritaire. Si une expression est employée d'une façon qui contredit un principe, on dira que l'interprétation n'est pas correcte, ou qu'elle ne fait pas partie des interprétations permises par les principes. De cette façon, on peut être sûr que nos principes sont toujours vrais, parce qu'une interprétation qui les rendrait faux est a priori exclue.
 
Les principes d'une théorie sont admis par définition de leurs termes. Leur vérité est supposée connue dès que la signification des expressions est comprise (Pascal 1657). On dit parfois des axiomes qu'ils sont des définitions déguisées, parce qu'ils servent à donner une signification à leurs termes, donc à les définir.
 
Les conséquences logiques des axiomes et des définitions sont les théorèmes de la théorie définie par de tels principes. Une théorie peut être utilisée d'une façon qui ressemble à la perception, comme un système de détecteurs. Pour savoir si un énoncé est vrai ou faux, il suffit de le prouver par un raisonnement logique ou de prouver sa négation. De cette façon les noms des concepts sont associés à des détecteurs théoriques qui déterminent si les concepts sont vrais des individus nommés. Les détecteurs théoriques détectent ce qu'ils doivent détecter en trouvant des preuves logiques, à partir de principes admis. S'ils n'en trouvent pas, leur détection a échoué. ''« Les yeux de l'âme, par lesquels elle voit et observe les choses, ne sont rien d'autre que les preuves. »'' (Spinoza, ''Éthique'', Livre V, prop. 23, Scolie) De même que les yeux du corps nous rendent capables de voir les êtres visibles, les preuves logiques à partir de principes nous rendent capables de connaître les êtres abstraitspurement théoriques. LaOn perceptiondétecte des êtresconcepts abstraitspurement consistethéoriques àen raisonnerraisonnant à partir des principes qui les définissent.
Les énoncés prouvables à partir d'un système d'axiomes et de définitions sont les théorèmes de la théorie définie par de tels principes. Une théorie donne une signification abstraite aux noms avec lesquels elle forme ses énoncés. On dit parfois des axiomes qu'ils sont des définitions déguisées, parce qu'ils servent à donner une signification à leurs termes, donc à les définir.
Une théorie peut être utilisée d'une façon qui ressemble à la perception, comme un système de détecteurs. Pour savoir si un énoncé est vrai ou faux, il suffit de le prouver ou de prouver sa négation. De cette façon les noms des concepts sont associés à des détecteurs théoriques qui déterminent si les concepts sont vrais des individus nommés. Les détecteurs théoriques détectent ce qu'ils doivent détecter en trouvant des preuves logiques, à partir de principes admis. S'ils n'en trouvent pas, leur détection a échoué. ''« Les yeux de l'âme, par lesquels elle voit et observe les choses, ne sont rien d'autre que les preuves. »'' (Spinoza, ''Éthique'', Livre V, prop. 23, Scolie) De même que les yeux du corps nous rendent capables de voir les êtres visibles, les preuves logiques à partir de principes nous rendent capables de connaître les êtres abstraits. La perception des êtres abstraits consiste à raisonner à partir des principes qui les définissent.
 
Les mots et les expressions verbales peuvent être interprétés de nombreuses façons et recevoir ainsi de nombreuses significations, empiriques ou abstraitespurement théoriques. Pour déterminer une interprétation empirique il suffit de déterminer les concepts nommés par des systèmes de perception ou de détection. Pour déterminer une interprétation abstraitepurement théorique il suffit définir les concepts nommés par des systèmes de principes, axiomes et définitions, qui permettent de raisonner avec eux.
 
Selon l'interprétation qui lui est donnée, un même énoncé peut être en même temps une vérité abstraitepurement théorique et une vérité empirique. Une telle ambiguïté peut être très utile, parce qu'en développant un savoir abstraitpurement théorique, on obtient du même coup un savoir empirique. On n'a même pas besoin de modifier la formulation. Évidemment pour qu'une telle magie se produise il faut que la théorie et son interprétation soient adaptées à la réalité observée pour la rendre intelligible. La rencontre entre la vérité abstraitepurement théorique et la vérité empirique de nos énoncés est le but de toutes les sciences empiriques, parce qu'on veut connaître par le raisonnement ce qu'on connaît par les sens et la conscience de soi.
 
Les principes logiques nous font toujours passer du vrai au vrai (Aristote, ''Premiers analytiques''). Lorsque des affirmations sont vraies, leurs conséquences logiques ne peuvent pas être fausses. Plus précisément, quelle que soit l'interprétation que l'on donne à des affirmations, si ces affirmations sont vraies, d'après l'interprétation supposée, alors les conséquences logiques sont vraies elles aussi, d'après la même interprétation. La relation de conséquence logique ne dépend pas de l'interprétation de ce que nous affirmons, elle ne dépend que de la signification des opérateurs logiques.
 
Lorsque nous prouvons une conclusion par un raisonnement logique, les prémisses déterminent des conditions suffisantes de vérité. Quelle que soit l'interprétation choisie, si les prémisses sont vraies, alors la conclusion est vraie. Les raisonnements ne servent pas qu'à prouver, ils servent aussi à expliciter des conditions de vérité. Pour comprendre un théorème, il faut connaître sa preuve, parce qu'elle donne des conditions de vérité qui précisent comment il faut l'interpréter. Une preuve nous éclaire sur sa conclusion non seulement en nous montrant sa vérité mais également en nous donnant les principes qui déterminent la signification des expressions employées.
 
Lorsque nous apprenons une langue, nous apprenons en même temps de nouvelles expressions, de nouvelles façons de percevoir, qui donnent des significations empiriques à ces expressions, et de nouveaux principes avec lesquels nous pouvons raisonner. Nous développons ainsi notre savoir empirique et notre savoir abstraitthéorique en même temps. Les deux sont mêlés d'une façon inextricable parce qu'en général uneon mêmea expressionbesoin réunitdes àthéories lapour foisdéterminer desles significations empiriques et abstraites.
(la suite est en cours de réécriture)
 
Pour savoir si un énoncé est vrai il faut d'abord préciser sa signification. Le même discours peut être tantôt vrai, tantôt faux, cela dépend de son interprétation. La plupart de nos controverses viennent ou de malentendus, parce que nous donnons des significations différentes à une même expression, ou de l'absence de précision, parce que nous laissons dans le vague les conditions de vérité de ce que nous disons. Nous n'explicitons pas les principes qui décident de la vérité abstraitethéorique ou nous ne précisons pas les systèmesdispositifs de détectiond'observation qui décident de la vérité empirique.
 
La diversité des interprétations peut rendre très difficile la communication du savoir. Le locuteur doit respecter un principe de clarté : donner des éclaircissements pour que son discours puisse être interprété correctement. L'auditeur doit respecter un principe de charité : toujours interpréter un discours de la façon qui lui est la plus favorable, autant qu'il est possible. Il est toujours possible de dissiper les malentendus et d'aboutir au consensus, parce que nous pouvons tous faire les mêmes raisonnements et percevoir le même monde.
Les principes logiques nous font toujours passer du vrai au vrai (Aristote, ''Premiers analytiques''). Lorsque des affirmations sont vraies, leurs conséquences logiques ne peuvent pas être fausses. Plus précisément, quelle que soit l'interprétation que l'on donne à des affirmations, si ces affirmations sont vraies, d'après l'interprétation supposée, alors les conséquences logiques sont vraies elles aussi, d'après la même interprétation. La relation de conséquence logique ne dépend pas de l'interprétation de ce que nous affirmons, elle ne dépend que de la signification des opérateurs logiques.
 
Lorsque nous prouvons une conclusion par un raisonnement logique, les prémisses déterminent des conditions suffisantes de vérité. Quelle que soit l'interprétation choisie, si les prémisses sont vraies, alors la conclusion est vraie. Les raisonnements ne servent pas qu'à prouver, ils servent aussi à expliciter des conditions de vérité. Pour comprendre un théorème, il faut connaître sa preuve, parce qu'elle donne des conditions de vérité qui précisent comment il faut l'interpréter.
 
(laLa suite est en cours de réécriture :)
Lorsque nous apprenons une langue, nous apprenons en même temps de nouvelles expressions, de nouvelles façons de percevoir, qui donnent des significations empiriques à ces expressions, et de nouveaux principes avec lesquels nous pouvons raisonner. Nous développons ainsi notre savoir empirique et notre savoir abstrait en même temps. Les deux sont mêlés d'une façon inextricable parce qu'en général une même expression réunit à la fois des significations empiriques et abstraites.
 
Pour savoir si un énoncé est vrai il faut d'abord préciser sa signification. Le même discours peut être tantôt vrai, tantôt faux, cela dépend de son interprétation. La plupart de nos controverses viennent ou de malentendus, parce que nous donnons des significations différentes à une même expression, ou de l'absence de précision, parce que nous laissons dans le vague les conditions de vérité de ce que nous disons. Nous n'explicitons pas les principes qui décident de la vérité abstraite ou nous ne précisons pas les systèmes de détection qui décident de la vérité empirique.
 
La diversité des interprétations peut rendre très difficile la communication du savoir. Le locuteur doit respecter un principe de clarté : donner des éclaircissements pour que son discours puisse être interprété correctement. L'auditeur doit respecter un principe de charité : toujours interpréter un discours de la façon qui lui est la plus favorable, autant qu'il est possible. Il est toujours possible de dissiper les malentendus et d'aboutir au consensus, parce que nous pouvons tous faire les mêmes raisonnements et percevoir le même monde.
 
== La programmation par la pensée ==
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