Différences entre les versions de « Précis d'épistémologie/L'esprit, comment ça marche ? »

refonte
(refonte)
 
Lorsque leurs comportements sont routiniers, les agents n'ont pas besoin de chercher longtemps des solutions, ils les trouvent spontanément parce que leurs modules cérébraux savent comment les produire, par instinct ou par habitude, ils se contentent de résoudre les problèmes qu'ils savent déjà résoudre. Mais face à une situation nouvelle, les réactions habituelles ne sont pas toujours adaptées. Il se peut que l'agent dispose des ressources intérieures nécessaires pour réagir comme il convient, mais qu'il ne sache pas les mobiliser, parce qu'il lui faudrait pour cela inventer un nouveau mode de coordination entre ses modules cérébraux. Aucun d'entre eux n'a les moyens de recruter les autres, alors qu'il suffirait qu'ils travaillent ensemble pour atteindre les fins recherchées. L'agent aurait besoin d'un compositeur-chef d'orchestre intérieur, capable de trouver des solutions vraiment nouvelles (Shallice & Cooper 2011). Le modèle d'administration centralisée sans administrateur central montre, sans postuler l'existence d'un esprit dans la machine, comment le cerveau peut fonctionner comme s'il était doté d'un tel compositeur-chef d'orchestre .
 
Dans le modèle de Baars, la conscience est comparée à un tableau noir sur lequel les informations conscientes sont écrites. Toutes les parties du cerveau peuvent écrire sur le tableau et en retour elles sont toujours informées de ce qui y est écrit (Baars 1988, Changeux 2002, Dehaene 2014). Tant qu'une représentation ne retient pas l'attention, elle reste attachée à son lieu de production et ne peut pas faire d'effet sur l'ensemble du système. Son effet est nécessairement limité. Mais si on en prend conscience, elle peut être utilisée pour influencer tout le reste du cerveau. Le modèle d'administration centralisée sans administrateur central est une modification du modèle de Baars : une information doit être consciente pour être reçue par les modules exécutifs qui contrôlent l'ensemble du cerveau, mais elle n'est pas nécessairement distribuée à toutes les parties du cerveau. Une décision n'a d'effet que sur les modules qui doivent l'appliquer ou la faire appliquer. Si tous les modules du cerveau recevaient en permanence toutes les informations conscientes, ils seraient submergés par un flot d'informations dont ils ne sauraient en général rien faire.
 
Le modèle d'administration centralisée sans administrateur central explique comment le cerveau rend capable d'avoir une volonté autonome et de contrôler volontairement la perception, l'imagination et la pensée. Il s'agit bien d'une théorie qui explique le fonctionnement de nos cerveaux quand nous sommes conscients, mais elle ne suffit pas pour expliquer l'apparition de la conscience à partir de l'activité cérébrale (Chalmers 1996). L'attention sélectionne des représentations pour prendre des décisions et contrôler leur exécution, mais la sélection à elle seule n'explique pas pourquoi les représentations ainsi sélectionnées deviennent particulièrement conscientes. Un robot aussi peut sélectionner des représentations pour prendre des décisions, sans que cela implique la moindre conscience.
 
Au sens strict, la perception est seulement l'imagination du présent lorsqu'elle est éveillée ou confirmée par les sens. Mais on peut aussi définir la perception en un sens plus général et parler de la perception du passé (la remémoration, et plus généralement toute forme d'imagination du passé), du futur (l'anticipation), de l'imaginaire (rêver à des êtres qui n'existent pas) et même des êtres abstraits (le savoir abstrait, mathématique par exemple). Ainsi entendues la perception et l'imagination sont synonymes. En outre, l'introspection (la conscience de soi) peut être considérée comme une perception de soi.
 
 
(La suite est en cours de réécriture)
 
== L'imagination et la simulation de la perception ==
*Les suppositions sur le présent : l'imagination d'un présent supposé sans être perçu.
...
 
Hormis l'imagination du présent, tous les modes de l'imagination peuvent être considérés comme des façons de se mettre à la place d'un autre, celui qu'on serait si on pouvait retourner dans le passé, ou se projeter dans l'avenir, ou dans un monde imaginaire...
 
Pour agir nous devons percevoir et imaginer le présent, parce qu'il faut s'adapter à la réalité, mais nous devons aussi imaginer l'absent, les buts que nous nous fixons et que nous n'avons pas encore atteints, les moyens à mettre en œuvre et les conséquences prévisibles de nos décisions.
 
Le travail du romancier est semblable à celui du mathématicien. Il pose des conditions, une situation initiale et des contraintes, puis il expose leurs conséquences, souvent inéluctables, de la même façon qu'un mathématicien démontre des théorèmes à partir d'axiomes et d'hypothèses. Quand nous imaginons des fictions, nous pouvons utiliser pleinement nos capacités à inférer. Il ne s'agit pas seulement d'inventer des assemblages de représentations, il s'agit surtout d'imaginer tout ce qui en résulte, tout ce que notre dynamique intérieure de production de représentations par inférence peut fournir à partir de ces inventions. L'imagination des fictions révèle la puissance de l'inférence.
 
(La suite est en cours de réécriture)
 
On connaît un autre esprit en imaginant qu'il perçoit, qu'il imagine, qu'il ressent, qu'il pense, qu'il veut et qu'il agit. On imagine qu'il perçoit en imaginant ce qu'il perçoit. On imagine qu'il imagine en imaginant ce qu'il imagine. La sympathie est de ressentir ce qu'il ressent. De façon générale, on le connaît comme un esprit en se mettant à sa place (Goldman 2006, Rizzolatti & Sinigaglia 2006). On peut imaginer qu'on veut ce qu'il veut et qu'on fait ce qu'il fait. Un esprit est un simulateur universel parce qu'il peut simuler tous les autres esprits, au moins s'ils sont dotés des mêmes facultés - pour un être humain il est plus facile de se mettre à la place d'un être humain que d'une chauve-souris.
Le même contenu peut être imaginé selon diverses modalités : un passé qu'on a vécu, un avenir projeté, une simple hypothèse, un contenu imaginé par autrui, et même un contenu qu'autrui croit qu'on imagine. Quand on se souvient, on se met à la place de l'autre qu'on a été. Quand on se projette dans l'avenir, on se met à la place de celui qu'on pourrait être. De ce point de vue on se connaît soi-même de la même façon qu'on connaît les autres, en se mettant à la place de soi-même par l'imagination. Quand j'imagine ce que je pourrais être, je suis dans une position semblable à celle d'un autre qui imagine ce que je pourrais être. Quand j'imagine comment un autre m'imagine, j'imagine ce que je pourrais être si j'étais tel qu'il m'imagine.
 
== La programmation par l'imagination ==
 
Un programme est défini par des buts à atteindre, des règles à respecter et des croyances sur les conditions initiales.
Le contrôle de la perception et de l'imagination ==
 
Une règle peur être considérée comme un but : respecter la règle. C'est un but qu'on atteint toujours, tant qu'on respecte la règle, et qu'on n'a jamais fini d'atteindre, tant qu'on doit continuer à respecter la règle.
 
(...)
 
Une croyance consciente peut faire de l'effet, par l'intermédiaire du système exécutif, sur l'ensemble du fonctionnement cérébral. On retrouve ainsi un élément de la théorie cognitive de la conscience de Baars (Baars 1988, Changeux 2002, Dehaene 2014). Tant qu'une représentation ne retient pas l'attention, elle reste attachée à son lieu de production et ne peut pas faire d'effet sur l'ensemble du système. Son effet est nécessairement limité. Mais si on en prend conscience, elle peut être utilisée pour influencer les autres parties du cerveau, elle est comme écrite sur un tableau noir qui peut être lu par d'autres modules cérébraux.
 
 
Comme une croyance consciente est évaluée avant d'être approuvée, tout le processus d'évaluation fait partie de la perception du concept attribué. Les capacités d'évaluation qui précèdent la décision sont des capacités de détection des concepts. Comme toutes les attributions de concepts peuvent faire l'objet d'une approbation consciente, le système de décision fonctionne comme un détecteur universel, capable de détecter n'importe quel concept, dès qu'il a appris le faire.
 
 
Nos capacités de perception dépendent de nos anticipations, et donc des schémas, des systèmes de présupposés, que nous nous avons adoptés. En modifiant nos schémas nous pouvons modifier nos façons de percevoir et d'interpréter la réalité. En nous rendant libres d'adopter des croyances et des schémas ou des les rejeter, la volonté nous rend libres de découvrir ou d'inventer de nouvelles façons de percevoir.
 
La détection d'un concept peut être un processus presque instantané, si le signal de détection est produit aussitôt que les informations sur l'être détecté sont fournies, ou progressif, si le système de détection prend le temps d'accumuler des informations avant de se prononcer. Le processus d'évaluation qui précède une décision est en général progressif. On a le temps de prendre en compte de nombreuses informations avant de se décider.
 
Comme nous sommes libres de décider de nos façons d'évaluer nos décisions, nous sommes libres d'inventer des façons de percevoir. Nous pouvons inventer tous les concepts que nous voulons en nous donnant les moyens de les détecter.
 
== Les émotions ==
Le moi se perçoit lui-même à partir de ses perceptions, de ses émotions, de son imagination, de ses pensées, de ses désirs, de sa volonté et de ses actions.
 
== Le contrôle volontaire de soi-même ==
== La programmation par l'imagination ==
 
(...)
Un programme est défini par des buts à atteindre, des règles à respecter et des croyances sur les conditions initiales.
 
Une règle peur être considérée comme un but : respecter la règle. C'est un but qu'on atteint toujours, tant qu'on respecte la règle, et qu'on n'a jamais fini d'atteindre, tant qu'on doit continuer à respecter la règle.
 
Comme une croyance consciente est évaluée avant d'être approuvée, tout le processus d'évaluation fait partie de la perception du concept attribué. Les capacités d'évaluation qui précèdent la décision sont des capacités de détection des concepts. Comme toutes les attributions de concepts peuvent faire l'objet d'une approbation consciente, le système de décision fonctionne comme un détecteur universel, capable de détecter n'importe quel concept, dès qu'il a appris le faire.
(...)
 
 
Nos capacités de perception dépendent de nos anticipations, et donc des schémas, des systèmes de présupposés, que nous nous avons adoptés. En modifiant nos schémas nous pouvons modifier nos façons de percevoir et d'interpréter la réalité. En nous rendant libres d'adopter des croyances et des schémas ou des les rejeter, la volonté nous rend libres de découvrir ou d'inventer de nouvelles façons de percevoir.
 
La détection d'un concept peut être un processus presque instantané, si le signal de détection est produit aussitôt que les informations sur l'être détecté sont fournies, ou progressif, si le système de détection prend le temps d'accumuler des informations avant de se prononcer. Le processus d'évaluation qui précède une décision est en général progressif. On a le temps de prendre en compte de nombreuses informations avant de se décider.
 
Comme nous sommes libres de décider de nos façons d'évaluer nos décisions, nous sommes libres d'inventer des façons de percevoir. Nous pouvons inventer tous les concepts que nous voulons en nous donnant les moyens de les détecter.
 
== Qu'est-ce que la parole ? ==
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