« Précis d'épistémologie/L'esprit, comment ça marche ? » : différence entre les versions

L'imagination et la simulation de la perception
(L'imagination et la simulation de la perception)
La conscience apparaît à partir de la vie cérébrale, mais nous ne savons pas pourquoi. Les influx nerveux sont produits par des courants électriques dans les neurones et à travers leurs membranes. Ce sont des courants ioniques très ordinaires. Rien ne suggère qu'ils doivent être les messagers de l'esprit.
 
== LLa perception et l'imagination du présent ==
(La suite est en cours de réécriture)
 
== L'imagination du présent ==
 
La perception et l'imagination sont souvent pensées en opposition. Ce qui est perçu est présent, ce qui est imaginé ne l'est pas. Mais ceci n'est pas toujours vrai. Si par exemple je suis dans un endroit familier, je peux me représenter la disposition des lieux même dans l'obscurité. Je sais que divers objets sont présents et où ils sont alors que je ne les perçois pas directement.
Au sens strict, la perception est seulement l'imagination du présent lorsqu'elle est éveillée ou confirmée par les sens. Mais on peut aussi définir la perception en un sens plus général et parler de la perception du passé (la remémoration, et plus généralement toute forme d'imagination du passé), du futur (l'anticipation), de l'imaginaire (rêver à des êtres qui n'existent pas) et même des êtres abstraits (le savoir abstrait, mathématique par exemple). Ainsi entendues la perception et l'imagination sont synonymes.
 
 
== L'imagination de l'absent ==
(La suite est en cours de réécriture)
 
== L'imagination et la simulation de l'absentla perception ==
 
Les modes de l'imagination sont nombreux :
*Les souvenirs : l'imagination du passé qu'on a vécu.
*Les anticipations : l'imagination du futur, considéré comme possible ou certain.
*Les fictions
*Se mettre à la place d'autrui : imaginer ce qu'il perçoit, ce qu'il ressent, ce qu'il imagine, ce qu'il décide...
*Les suppositions sur le présent : l'imagination d'un présent supposé sans être perçu.
...
 
Pour agir nous devons percevoir et imaginer le présent, parce qu'il faut s'adapter à la réalité, mais nous devons aussi imaginer l'absent, les buts que nous nous fixons et que nous n'avons pas encore atteints, les moyens à mettre en œuvre et les conséquences prévisibles de nos décisions.
 
Le travail du romancier est semblable à celui du mathématicien. Il pose des conditions, une situation initiale et des contraintes, puis il expose leurs conséquences, souvent inéluctables, de la même façon qu'un mathématicien démontre des théorèmes à partir d'axiomes et d'hypothèses. Quand nous imaginons des fictions, nous pouvons utiliser pleinement nos capacités à inférer. Il ne s'agit pas seulement d'inventer des assemblages de représentations, il s'agit surtout d'imaginer tout ce qui en résulte, tout ce que notre dynamique intérieure de production de représentations par inférence peut fournir à partir de ces inventions. L'imagination des fictions révèle la puissance de l'inférence.
 
== Se mettre à la place d'autrui ==
 
On connaît un autre esprit en imaginant qu'il perçoit, qu'il imagine, qu'il ressent, qu'il pense, qu'il veut et qu'il agit. On imagine qu'il perçoit en imaginant ce qu'il perçoit. On imagine qu'il imagine en imaginant ce qu'il imagine. La sympathie est de ressentir ce qu'il ressent. De façon générale, on le connaît comme un esprit en se mettant à sa place (Goldman 2006, Rizzolatti & Sinigaglia 2006). On peut imaginer qu'on veut ce qu'il veut et qu'on fait ce qu'il fait. Un esprit est un simulateur universel parce qu'il peut simuler tous les autres esprits, au moins s'ils sont dotés des mêmes facultés - pour un être humain il est plus facile de se mettre à la place d'un être humain que d'une chauve-souris.
 
Un esprit connaît l'esprit à la fois en se connaissant lui-même et en se mettant à la place des autres esprits, de tous les esprits qu'il peut imaginer.
 
Tout ce qui peut être perçu, imaginé, ressenti, pensé ou décidé par les uns, peut être perçu, imaginé, ressenti, pensé ou décidé par tous les autres. Se connaître soi-même comme esprit est en même temps connaître ce que tous les autres peuvent faire de leur esprit. Inversement, tout ce que les autres font de leur esprit nous montre ce que nous pouvons faire nous-mêmes. ''«  Rien de ce qui est humain ne m'est étranger. »'' (Térence, ''Heautontimoroumenos'', v. 77)
 
Je connais autrui en me mettant à sa place en imagination. De même il me connaît en se mettant à ma place. Quand je me demande ce qu'il pense de moi, j'essaie d'imaginer ce qu'il imagine quand il se met à ma place, j'imagine ce qu'il imagine de moi. Je peux également imaginer ce qu'il imagine quand il se met à la place d'un troisième.
 
Le même contenu peut être imaginé selon diverses modalités : un passé qu'on a vécu, un avenir projeté, une simple hypothèse, un contenu imaginé par autrui, et même un contenu qu'autrui croit qu'on imagine. Quand on se souvient, on se met à la place de l'autre qu'on a été. Quand on se projette dans l'avenir, on se met à la place de celui qu'on pourrait être. De ce point de vue on se connaît soi-même de la même façon qu'on connaît les autres, en se mettant à la place de soi-même par l'imagination. Quand j'imagine ce que je pourrais être, je suis dans une position semblable à celle d'un autre qui imagine ce que je pourrais être. Quand j'imagine comment un autre m'imagine, j'imagine ce que je pourrais être si j'étais tel qu'il m'imagine.
 
== L'introspection ==
Comme nous sommes libres de décider de nos façons d'évaluer nos décisions, nous sommes libres d'inventer des façons de percevoir. Nous pouvons inventer tous les concepts que nous voulons en nous donnant les moyens de les détecter.
 
== Se mettre à la place d'autrui ==
 
On connaît un autre esprit en imaginant qu'il perçoit, qu'il imagine, qu'il ressent, qu'il pense, qu'il veut et qu'il agit. On imagine qu'il perçoit en imaginant ce qu'il perçoit. On imagine qu'il imagine en imaginant ce qu'il imagine. La sympathie est de ressentir ce qu'il ressent. De façon générale, on le connaît comme un esprit en se mettant à sa place (Goldman 2006, Rizzolatti & Sinigaglia 2006). On peut imaginer qu'on veut ce qu'il veut et qu'on fait ce qu'il fait. Un esprit est un simulateur universel parce qu'il peut simuler tous les autres esprits, au moins s'ils sont dotés des mêmes facultés - pour un être humain il est plus facile de se mettre à la place d'un être humain que d'une chauve-souris.
 
Un esprit connaît l'esprit à la fois en se connaissant lui-même et en se mettant à la place des autres esprits, de tous les esprits qu'il peut imaginer.
 
Tout ce qui peut être perçu, imaginé, ressenti, pensé ou décidé par les uns, peut être perçu, imaginé, ressenti, pensé ou décidé par tous les autres. Se connaître soi-même comme esprit est en même temps connaître ce que tous les autres peuvent faire de leur esprit. Inversement, tout ce que les autres font de leur esprit nous montre ce que nous pouvons faire nous-mêmes. ''« Rien de ce qui est humain ne m'est étranger. »'' (Térence, ''Heautontimoroumenos'', v. 77)
 
Je connais autrui en me mettant à sa place en imagination. De même il me connaît en se mettant à ma place. Quand je me demande ce qu'il pense de moi, j'essaie d'imaginer ce qu'il imagine quand il se met à ma place, j'imagine ce qu'il imagine de moi. Je peux également imaginer ce qu'il imagine quand il se met à la place d'un troisième.
 
Le même contenu peut être imaginé selon diverses modalités : un passé qu'on a vécu, un avenir projeté, une simple hypothèse, un contenu imaginé par autrui, et même un contenu qu'autrui croit qu'on imagine. Quand on se souvient, on se met à la place de l'autre qu'on a été. Quand on se projette dans l'avenir, on se met à la place de celui qu'on pourrait être. De ce point de vue on se connaît soi-même de la même façon qu'on connaît les autres, en se mettant à la place de soi-même par l'imagination. Quand j'imagine ce que je pourrais être, je suis dans une position semblable à celle d'un autre qui imagine ce que je pourrais être. Quand j'imagine comment un autre m'imagine, j'imagine ce que je pourrais être si j'étais tel qu'il m'imagine.
 
== Qu'est-ce que la parole ? ==
 
(...)
<i>
Au commencement la parole <br>
La parole avec Dieu <br>
Dieu, la parole. <br>
Elle est au commencement avec Dieu. <br>
Par elle tout est venu <br>
et sans elle rien n'a été de ce qui fut. <br>
En elle, la vie <br>
La vie, lumière des hommes <br>
Et la lumière brille à travers la nuit <br>
La nuit ne l'a pas saisie.</i>
 
(Jean, 1, 1-5, traduit par Florence Delay et Alain Marchadour)
 
On peut raisonner sur le monde comme s'il était un grand livre. Raisonner sur les êtres, c'est toujours raisonner sur ce qu'on dit des êtres. Toutes les vérités sont déterminées à partir de vérités élémentaires et fondamentales, toutes les vérités atomiques sur tous les êtres. L'ensemble de toutes ces vérités est comme le grand livre du monde. Tout ce qui est peut toujours être dit, parce que les mots et les expressions peuvent nommer tous les concepts, tout ce qui peut être perçu, tout ce qui apparaît.
 
Si on entend le concept de parole en son sens le plus large, tout parle. L'être est une parole. Être, pour tous les corps, c'est agir sur les autres êtres. Tous les êtres matériels le font, simplement en étant matériels. Être visible, ou audible, ou être perçu de toute autre façon, c'est toujours se montrer, et c'est toujours parler.
 
Les êtres vivants perçoivent les autres êtres et vivent en réagissant à ce qu'ils ont perçu. Leurs réactions montrent comment ils comprennent la parole exprimée par les êtres qu'ils perçoivent.
 
En un sens plus restreint, les animaux parlent seulement quand ils émettent des signaux pour qu'ils soient perçus et qu'ils influencent ceux qui les perçoivent. Ils se montrent aux yeux qui les regardent, ou ils font sentir leur présence d'une autre façon. Il n'est pas nécessaire de supposer que l'animal émet ses signaux volontairement. Une guêpe signale par sa robe jaune et noire à un éventuel prédateur qu'elle est une proie dangereuse. L'évolution par sélection naturelle suffit pour expliquer une telle communication animale. Les guêpes ont un avantage à montrer leur dangerosité et les prédateurs ont un avantage à la percevoir. Il n'est pas nécessaire qu'il y ait une volonté ou une conscience. Des instincts aveugles suffisent pour établir cette communication.
 
En un sens encore plus restreint, les animaux parlent seulement s'ils émettent des signaux parce qu'ils veulent influencer l'imagination et la volonté de ceux qui les reçoivent. Cela suppose que les animaux qui émettent et reçoivent ces signaux sont capables d'imaginer et de vouloir, et surtout qu'ils se connaissent eux-mêmes et autrui comme des êtres qui imaginent et qui veulent.
 
La parole est l'émission volontaire de signaux pour influencer l'imagination et la volonté de ceux qui les reçoivent.
4 789

modifications