« La politique monétaire/Les anticipations d'inflation » : différence entre les versions

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Pour résoudre ces problèmes, les anticipations adaptatives ont progressivement été remplacées par les '''anticipations rationnelles''', la théorie des anticipations aujourd'hui la plus répandue (non sans être critiquée). Avec cette théorie, les agents économiques anticipent l'inflation en utilisant toute l'information disponible. Cela ne signifie pas que tous les agents se forgeront la même anticipation : au contraire, chaque agent peut se faire sa propre anticipation, fortement différente des anticipations des autres agents. Par exemple, les agents économiques peuvent se tromper avec des anticipations rationnelles. Néanmoins, et c'est là le cœur des anticipations rationnelles, la moyenne des anticipations de tous les agents ne se trompe pas : elle est égale à la valeur réelle qu'aura l'inflation dans le futur, si aucun évènement imprédictible n'a lieu. L'hypothèse des anticipations rationnelle ne postule donc pas des agents rationnels, mais des marchés rationnels : il s'agit plus d'un postulat d'intelligence collective que de rationalité individuelle.
 
Pour formuler cela mathématiquement, prenons une variable macroéconomique <math>x_t</math>, que les agents souhaitent anticiper. Celle-ci évolue comme une variable aléatoire, ce qui fait que chaque valeur <math>x_i</math> qu'elle peut prendre possède une probabilité <math>p_i</math> d'avoir lieu. L'espérance mathématique de cette variable aléatoire est la somme :
Avec des anticipations rationnelles, ''si les prix/salaires ne sont pas fixes'', l'inflation est prédite à la perfection et la politique monétaire n'a alors aucun effet. Celle-ci est parfaitement prédite par les agents économiques, qui s'adaptent et annule tout effet qu'elle aurait pu avoir. En théorie, seule l'inflation non-anticipée a un effet sur le PIB ou les taux réels. Certains auteurs ont réussi à rendre compte de l'existence d'un effet à court-terme de la politique monétaire tout en utilisant des anticipations rationnelles, mais cela demande d'ajouter des frictions dans les théories utilisées. Nous détaillerons ce genre de théories dans un chapitre à la fin du cours.
 
: <math>E(x_t) = \sum_i (p_i \cdot x_i)</math>
 
Les agents vont anticiper la valeur de <math>e(x_t)</math> en utilisant toute information pertinente qu'ils ont a disposition lors de la période précédente, cette dernière étant notée <math>I_{t-1}</math>. L'espérance qu'ils vont anticiper est une espérance conditionnelle, à savoir que les probabilités sont les probabilités conditionnelles sachant que l'information disponible est réalisée. Donc l'espérance qu'ils calculent est la suivante :
 
: <math>E[ x_t | I_{t-1} ] = \sum_i p_i(x_t|I_{t-1}) \cdot x_i</math>
 
Évidemment, les agents peuvent se tromper : les valeurs anticipées sont alors différentes de la valeur réalisée. La différence entre les anticipations et la réalité est ce qu'on appelle l''''erreur de prédiction'''. Elle vaut :
 
: <math>\epsilon_t = x_t - E[ x_t | I_{t-1} ]</math>
 
L'hypothèse des anticipations rationnelles se base sur deux principes de base, qui assurent que les agents utilisent toute l'information disponible et que celle-ci est traitée de manière adéquate.
 
* L’espérance de l'erreur de prédiction, compte tenu des informations disponibles, est nulle. Physiquement, cela signifie que les agents ne mettent pas de coté les informations pertinentes, ils ne sont pas myope à certaines données. Les agents n'ont donc pas de biais cognitifs qui rendaient certaines données plus saillantes que les autres, et ont des capacités cognitives assez importantes pour ne pas être limitantes. En clair : les agents ne sont pas censés se tromper en raison d'une interprétation biaisée des informations. Ils ne se trompent pas de manière systématique.
 
: <math>E[ \epsilon_t | I_{t-1} ] = 0</math>
 
* L'erreur de prédiction est indépendante de l'information disponible. Cela signifie que les agents utilisent bien toute l'information disponible. Ils ont accès à toute l'information disponible, sans coût, sans erreur, sans biais. Et enfin, ils savent comment fonctionnent l'économie, savent quel est le modèle adéquat. L'erreur de prédiction est donc causée par des phénomènes que les agents ne pouvaient pas prévoir sur la base des informations disponibles.
 
: <math>\epsilon_t = x_t - E[ x_t | I_{t-1} ]</math>
 
Avec des anticipations rationnelles, ''si les prix/salaires ne sont pas fixes'', l'inflation est prédite à la perfection et la politique monétaire a bien un effet sur les variables nominales, mais n'a alors aucun effet sur le PIB ou les autres variables réelles (les taux réels ou les salaires réels, par exemple). Celle-ci est parfaitement prédite par les agents économiques, qui s'adaptent et annule tout effet qu'elle aurait pu avoir. En théorie, seule l'inflation non-anticipée a un effet sur le PIB ou les taux réels. Certains auteurs ont réussi à rendre compte de l'existence d'un effet à court-terme de la politique monétaire tout en utilisant des anticipations rationnelles, mais cela demande d'ajouter des frictions dans les théories utilisées. Nous détaillerons ce genre de théories dans un chapitre à la fin du cours.
 
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