Différences entre les versions de « États généraux du multilinguisme dans les outre-mer/Thématiques/« L’équipement » des langues : de l’oral à l’écrit, description et outillage linguistique »

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==Table-ronde==
 
===Propos introductif : Odile Renault-Lescure ([http://sedyl.cnrs.fr/spip.php?rubrique44 Institut de recherche et de développement / Structure et dynamique des langues - Centres d'études des langues indigènes d'Amérique])===
[[File:Odile Lescure.png|thumb|Odile Renault-Lescure]]
Je voudrais commencer cette table ronde en vous disant que l’on m’a chargée d’une tâche que j’ai trouvée un peu difficile à faire, c’est-à-dire, en 15 minutes, parler à la fois des questions de codification, de grammaire, de dictionnaire, de matériel pédagogique. J’ai donc essayé d’aborder quelques points dont je vais vous faire part, et surtout de poser des questions pour que vous puissiez y répondre pendant les ateliers.
:''Axel Gauvin, président de l’office de la langue créole et auteur. Vous écrivez en créole et en français, je vous laisse prendre la suite et nous apportez votre témoignage.''
 
===Expert 1 : [[w:Axel Gauvin|Axel Gauvin]] (Office de la langue créole à la Réunion)===
 
[[File:Axel Gauvin.png|thumb|Axel Gauvin]]
:''Merci Axel. Marie-Adèle Jorédié, vous êtes enseignante en Nouvelle Calédonie et vous êtes à l’initiative d’un projet qui s’appelle « bébé lecture » et à travers lequel vous initiez les enfants aux livres et à l’entrée dans la langue orale et écrite.''
 
===Expert 2 : Marie-Adèle Jorédié (Association Bb lecture en Nouvelle-Calédonie)===
[[File:Marie-Adèle Jorédié.png|thumb|Marie-Adèle Jorédié de l'Association Bb lecture]]
''(Marie-Adèle Jorédié commence son intervention par une berceuse kanake)''
:''Merci Marie-Adèle. Le représentant de l’institution ici, c’est le représentant d’une institution du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, l’Académie des langues Kanakes. Quel est le rôle de cette institution sur tous les sujets que nous venons d’aborder ?''
 
===Représentant de l'institution : Weniko Ihagé ([[w:Académie des langues kanak|Académie des langues kanak en Nouvelle-Calédonie]])===
[[File:Weniko Ihagé 2.png|thumb|Weniko Ihagé de l'académie des langues kanak]]
Merci Florence.
 
 
==Restitution des ateliers==
==Vos réactions sur cette table ronde==
===La graphie des langues : le passage du parlé à l’écrit===
 
*Modérateure : Marie-France Patte ([http://sedyl.cnrs.fr/spip.php?rubrique44 Institut de recherche et de développement / Structure et dynamique des langues-Centre d’études des langues indigènes d’Amérique])
 
Comme nous avons 2 ou 3 minutes pour ce compte-rendu de l’atelier intitulé « la graphie des langues, le passage du parler à l’écrit », je vais lire un résumé des recommandations. On verra que beaucoup de choses ont déjà été dites, mais peut-être que ce n’est pas un mal d'en répéter certaines.
La première recommandation serait de reconnaître le droit de tout enfant ou adulte à apprendre à lire et écrire dans sa langue d’origine. Et pour cela, offrir un cadre institutionnel à cet apprentissage. Les initiatives sur la base du volontariat ont souvent une durée de vie limitée car elles épuisent la bonne volonté de leurs initiateurs.
La seconde recommandation serait de favoriser le développement d’une documentation en langues. Ces écrits peuvent et doivent être de différents types et formats adaptés à des publics différents. Ne pas négliger l’intérêt des publications légères qui peuvent être fabriquées à moindre coût pour un public éventuellement restreint et pour une occasion particulière.
Autre recommandation, prendre en compte, dans l’établissement d’une orthographe, le fait que les canaux sensoriels sollicités à l’écrit sont différents de ceux qui sont mis à contribution à l’oral. La bouche et l’oreille sont les organes de l’oral alors que c’est l’œil qui guide la lecture. Il peut donc y avoir débat lorsqu’il s’agit d’écrire ce qui a été entendu. Jusqu’où une écriture peut et doit être phonétique ?
Autre point. Créer des académies de la langue ou soutenir celles qui existent déjà, pour que soient discutées les règles d’orthographe qu’il convient d’adopter collégialement. Et cela concerne toutes les langues, mais ça a été vraiment mis en avant en ce qui concerne les créoles, les créoles par ici en Guyane.
Des études particulières menées par des psycholinguistes tentent de prouver que l’apprentissage parallèle dans deux langues, la langue d’origine des enfants et le français, est non seulement favorable au développement harmonieux de la personnalité de l’enfant, mais aussi à l’apprentissage du français.
Ensuite, veiller à mettre en place des dispositifs adaptés pour des publics différents — ça aussi c’est quelque chose qui a été déjà dit plusieurs fois —, les enfants seront d’autant plus performants dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture de leur langue d’origine que leurs parents seront convaincus que, loin de nuire à leurs résultats en français, la pratique de la lecture et de l’écriture de leur langue d’origine en milieu scolaire les rend plus aptes à l’acquisition des connaissances en français et est donc apte à leur assurer l’ascension sociale à laquelle les parents aspirent pour leurs enfants.
Et dernière, mais en fait première, mesure à mettre en place, c’est sans doute la création d’une instance officielle chargée de vérifier l’application effective des textes juridiques déjà existants sur les droits de tout locuteur à apprendre à lire et écrire dans sa langue d’origine.
 
===La production d’outils didactiques en langues maternelles===
 
*Modérateur : Ernest Marchal (Inspection du ministère local de l’Éducation en Polynésie française)
 
Je vais restituer l’essentiel de ce qui a été dit lors de l’atelier : « la production d’outils didactiques en langues maternelles ». Il nous a semblé important avant tout de mettre en place des politiques linguistiques qui fixent clairement les orientations en matière linguistique. De ceci, découlera la production d’outils, c’est nécessaire.
En deuxième point, il nous a paru important également de développer la production d’outils didactiques en langue maternelle dans tous les domaines. Ne pas se focaliser uniquement dans le domaine de l’éducation, mais également penser à la santé, au droit et, en fait, à tout ce qui est lié aux actes de la vie quotidienne.
Ces outils devront prendre en compte l’oralité. Ça a été évoqué ça et là. Certains individus ne sont pas encore entrés dans l’écrit et donc il faut absolument prendre en compte ces individus qui sont dans l’oralité et produire des outils qui sont donc de l’ordre de l'audio plus que du visuel.
Ensuite, il nous a paru important, ça a été dit là, mais je le redis, nous sommes allés un peu plus loin, me semble-t-il, il faut organiser la coexistence du français et des langues maternelles sur un même territoire. L’enseignement des langues maternelles en gestion coordonnée avec le français doit faciliter les apprentissages dans tous les domaines : mathématiques et sciences inclus.
En termes d’outils didactiques, il nous a paru important de créer un portail internet pour que les langues d’outre-mer soient présentes et que tous les outils didactiques soient mis à la disposition de tous. Chacun pourrait venir télécharger, y puiser ce qui y apparaît ou est proposé.
Dernière chose également, en termes d’outils, il nous a paru important d’utiliser les médias comme outil didactique en langue maternelle.
 
===Le rôle de la description linguistique (grammaires, dictionnaires, dictionnaires visuels en langue des signes…) pour la sauvegarde des langues===
 
*Modérateure : Claire Moyse Faurie ([[w:Laboratoire de langues et civilisations à tradition orale|Langues et civilisations à tradition orale]] / CNRS)
 
Troisième pan qui complète les deux premiers ateliers, « le rôle de la description linguistique, en particulier l’élaboration de grammaires et de dictionnaires ».
Nous avons rappelé les objectifs de cette description linguistique qui est de mettre en valeur la richesse et la spécificité tant lexicale que grammaticale des langues d’origine, des langues régionales. La grammatisation est une nécessité pour la reconnaissance de la langue, sa sauvegarde et sa transmission dans un cadre éducatif.
Concernant les dictionnaires, nous avons eu une longue discussion sur les différents types de dictionnaires. Certains étant partisans de dictionnaires monolingues pour mettre réellement en valeur la langue en tant que telle et aussi lorsque la maîtrise du français n’était pas suffisante pour rendre compte de la richesse sémantique de la langue. D’autres étaient plutôt partisans de dictionnaires bilingues qui permettent l’échange. Mais dans les deux cas, on s’est mis d’accord pour prendre en compte à la fois l’aspect spatial en incluant toutes les variantes régionales et, en même temps, l’aspect temporel en incluant les termes anciens, le parler des jeunes et les néologismes que ça soit des emprunts ou de la création lexicale.
Concernant l’aspect grammatical, outre le matériel, les documents, les outils pédagogiques évoqués par Ernest, outre la nécessité de grammaires de référence, de grammaires fondamentales, nous avons pensé que l’élaboration de bi grammaires mettant sur un pied d’égalité le français et chaque langue régionale, avec la mise en évidence à la fois des ressemblances et des différences les plus marquantes entre les deux langues était un outil à la fois de reconnaissance et une aide certaine pour les enseignants, à la fois des enseignants de français et des enseignants des langues régionales.
Nous avons aussi pensé que la mise en place d’une instance collective aidant à des prises de décisions consensuelles et à leur application était nécessaire dans le domaine de la graphie, bien sûr, dans le domaine du choix de la terminologie, afin que toutes les discussions sans fin sur le choix d’une orthographe plutôt qu’une autre, sur le choix d’un terme plutôt qu’un autre, soit résolu par une instance nous forçant à l’adoption d’un consensus.
Et puis, on a aussi souligné qu’il fallait continuer à aider à la documentation des langues, des petites langues, qui restent insuffisamment décrites et qui n’ont ni dictionnaire ni grammaire à l’heure actuelle.
 
==Recommandations==
[[Catégorie:États généraux du multilinguisme dans les outre-mer]]
* Reconnaître chaque langue de l’outre-mer français se trouvant dans la liste des langues de France dressée par la [[w:Délégation générale à la langue française et aux langues de France|Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF)]], à tous les niveaux de l’appareil d’État :
** comme langue de France à part entière avec ses caractéristiques propres ;
** lorsque c’est le cas, comme langue maternelle ou co-maternelle ;
** comme langue partenaire du français dans l’enseignement public, dans les médias de service public, dans la sphère publique.
* Développer les savoirs savants sur les langues de l’outre-mer par la collecte et la numérisation des traditions orales, et organiser leur conservation sous la forme de corpus, leur diffusion et leur restitution auprès des populations concernées.
* Reconnaître le droit de tout enfant ou adulte à apprendre à lire et à écrire dans sa langue maternelle, et offrir un cadre institutionnel à cet apprentissage, y compris en dehors du système scolaire.
* Développer les pratiques de traduction et d’interprétation dans les services publics.
* Organiser la défense des langues menacées de disparition.
* Dresser un bilan des situations linguistiques et des initiatives prises en matière d’aménagement linguistique et éducative en outre-mer.
* Ratifier la [[w:Charte européenne des langues régionales ou minoritaires|Charte européenne des langues régionales ou minoritaires]] du [[w:Conseil de l'Europe|Conseil de l’Europe]] par la République française, et d’autres textes internationaux tels la convention N° 169 sur les populations autochtones de l’[[w:Organisation internationale du travail|Organisation internationale du travail (OIT)]], etc.
* Dispenser dans le cadre du socle commun de l’école des formations sur les langues de l’outre-mer, sur leurs origines et leurs développements.
* Développer auprès des parents d’élèves, à travers des campagnes de communication multisupports, une information sur les textes régissant l’enseignement des langues régionales, et sur ces langues elles-mêmes, afin qu’ils puissent en tirer avantage et intervenir dans les politiques éducatives.
* Encourager et soutenir la production et la diffusion d’une création littéraire, audiovisuelle et numérique qui contribue à la diffusion et à l’attractivité des langues, en particulier pour inciter les jeunes à utiliser ces langues et à les apprendre.
* Mettre en place des institutions paritaires (État, Région, Département, associations) pour la définition et l’application d’une politique linguistique à l’échelle du territoire, intégrant la défense et la promotion des langues régionales dans l’enseignement, dans les médias, dans l’aménagement urbain, et constituant des lieux ressource dans le domaine de la traduction, etc.
* Encourager les échanges régionaux entre zones partageant des langues proches ou identiques.
* Prendre en compte, notamment pour les questions environnementales, les savoirs traditionnels qui sont attachés aux langues locales. La valorisation de ces savoirs ne doit néanmoins pas être réduite à des remédiations ponctuelles, mais doit pouvoir s’inscrire sur le long terme.
 
 
==Vos compléments d'informations et commentaires==
 
[[Catégorie:États généraux du multilinguisme dans les outre-mer]]
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