« États généraux du multilinguisme dans les outre-mer/Thématiques/Le plurilinguisme, une ressource à exploiter » : différence entre les versions

 
''Sophie Alby'' : Je vous rappelle que ce ne sont pas des propositions mais des pistes.
 
 
''Intervention 1'' : Ce que je ne comprends pas, c'est que l'on entend que du français alors l’on parle de multilinguisme. Je ne comprends pas. Est-ce qu’il y a un problème du français avec les autres langues ? Vous l’avez évoqué et pourtant, toutes les tendances confondues, la recherche, ceci et cela, et pourtant on est toujours dans cette même démarche. Moi, j’aimerais savoir, après cette grande messe qui est très jolie, à quoi cela va aboutir exactement ? Est-ce que c’est une grande messe comme d’habitude ou est-ce que ça va aboutir à quelque chose ? Parce qu'on est habitué, dans les outre-mer, les belles paroles, les beaux écrits, sérieusement, on veut quelque chose de sérieux. Oui c’est ce que je voulais dire. Je sais que certaines personnes vont être frustrées, mais si on parle de multilinguisme, il faut que de l’autre côté, les administrations se mettent au pas des locaux comme ils aiment bien dire. Mais si ils ne se mettent pas au pas on n’est plus dans le multilinguisme même dans le linguisme comme on veut, je connais pas les termes en français, mais vous voyez ce que je veux dire.
 
 
''Sophie Alby'' : Je ne pense pas que cela s’adressait à moi !
 
 
''Je vais passer le micro à Xavier North et puis il y avait une autre question de Monsieur, là-haut, je viendrai vous donner le micro après la réponse de Xavier North.''
 
 
''Xavier North'' : Je voudrais répondre à cette interpellation qui me paraît très légitime en effet. Pourquoi une rencontre sur le multilinguisme où on entend que parler français ? J’espère d’ailleurs qu’on n’entendra pas seulement parler français, puisque tout à l’heure, lors de la cérémonie de clôture, nous aurons la chance d’entendre plusieurs langues. Mais je crois qu’il faut assumer aussi une situation qui est la notre, c’est que le français est la langue commune des territoires ultramarins, comme elle est la langue de la République. C’est notre langue partagée. Et je crois que c’est aussi un message très fort que nous faisons passer en choisissant, pour nous exprimer, une langue commune. J’ajoute qu’il y aurait, et chacun le comprend aisément, une petite impossibilité pratique à permettre à cinquante langues, car ce n’est pas moins de cinquante langues qui sont parlées en outre-mer, de s’exprimer dans cette salle. Si l’on devait mettre en place des dispositifs d’interprétation simultanée, ça n’est pas un seul amphithéâtre qu’il faudrait, c’est au moins deux ou trois. Cinquante fois cinquante au minimum, n’est ce pas, pour permettre à toutes les langues d’être traduites en toutes les langues. On voit la difficulté. C’est d’ailleurs la difficulté essentielle d’un monde polyphonique, d’un monde plurilingue. Il y a des circonstances où il faut choisir une langue commune et nous l’assumons entièrement.
 
''Seefiann Deie'' : ''intervention en langue bushinenge''
 
 
Peut-être qu’il faudrait que je traduise ? Bonsoir, loin de moi de faire une prestation artistique. La première équipe de la première soirée à l’ouverture a fait ce qu’il y a de mieux. Je prends la parole ici en tant que président du conseil des populations amérindiennes et bushinenge qui est une instance consultative mais bien inscrite dans les règles de la République.
Le constat que je fais c’est pourquoi ce rendez-vous, aujourd’hui, avec vous qui venez de tous les horizons des outre-mer ? Ça a été le souhait du gouvernement, mais à la demande suite aux états généraux des guyanais qui ont fait une revendication bien précise les concernant, qui est la prise en compte des langues locales et des spécificités de leur condition de langues des minorités et pas minorités dans le système étatique gouvernemental de la République et de l’Administration. On est bien d’accord. Sinon, pourquoi le kanak sort de la Kanakie, prend l’avion, fait trente heures de vol pour venir ici en Guyane ? Si le discours qu’il peut avoir ici est le même qu’il peut avoir à la Kanakie ? Qu’est-ce qui explique ça ? Eh bien, c’est notre diversité, le fait qu’on puisse prendre des positions, au-delà de l’espace et du temps, et pouvoir les déterminer ensemble et se réunir ici en Guyane, parce que le rendez-vous cette fois-ci était donné en Guyane, et aider la République à construire une nouvelle société française qui n’est pas celle de l’autre mais du notre ensemble. Donc concernant l’organisation, le collègue a commencé en nous disant qu’il ne comprend pas comment l’organisation est faite de manière monolingue, mais c’est normal, c’est parce que notre esprit a été habitué au monolinguisme. Donc ce n’est pas la peine de venir me dire qu’on pouvait s’arranger autrement ou que tout va bien. Non. Parce que justement, cette situation est la résonance de ce qui se fait à tous les niveaux de la stratification administrative de la République française. Est-ce que c’est clair ? Et nous, petites gens au village que je représente, on en pâtit. Parce que ça fait un discours unique, à sens unique et un discours biaisé et toutes les dimensions linguistiques que l’on peut avoir et pouvoir s’exprimer en fonction de notre quotidien pour décrire nos quotidiens, on ne peut pas le retrouver entre les deux pages d’une loi de la République. Donc voilà notre situation. Je pense qu’il est important, parce qu’on attend tous le discours et les annonces de Monsieur Mitterrand, notre ministre à tous, ministre de la république, je pense qu’il est important que, chacun dans son terroir, puisse valoriser ses langues, valoriser ses positions, continuer chacun dans sa famille à parler toutes ses langues et seulement comme ça qu’on va s’en sortir. Il est important, pour nous guyanais en tout cas, que les demandes que nous avons faites pendant les états généraux soient respectées. Notamment la mise en place d’une structure permettant la prise en compte du multilinguisme en Guyane. Alors pourquoi ne pas matérialiser en Guyane ce pôle d’excellence linguistique qu’on demande ? On ne l’a pas demandé avec des lettres mortes, on l’a demandé, il faut que ça soit ici. Il faut qu’on l’ait, comme on a cette université qui est en train de se mettre en place, on a d’autres besoins et ce sont les français de Guyane comme d’outre-mer qui ont besoin d’éléments, d’outils, de choses concrètes, ici, en Guyane. Donc voilà ce que je voulais vous dire dans un premier mot. Et arrêtons d’être dans des états généraux où tout est correct. Rien n’est correct justement, c’est pour ça qu’on se réunit. C’est pour ça qu’on passe autant d’heures dans l’avion. Parce que sinon vous restez chez vous, chacun dans son île, et tout va bien. Mais si on est là, c’est parce que les choses ne vont pas bien. Et il faut savoir le dire, chacun dans sa langue. Voilà ce que je voulais vous dire et j’espère qu’il y aura des gens qui vont pouvoir écrire ça correctement et rapporter ça à tous les niveaux de nos administrations. Merci.
 
 
''Jocelyn Thérèse'' : Bonsoir Mesdames et Messieurs. Je remercie Sophie de la présentation. Je suis le premier vice président du conseil consultatif des populations amérindiennes et bushinenge. Le président vient de parler et je voudrais compléter ce qu’il a dit. Dans ces états généraux, nous voudrions que la France lève ses réserves, sur la convention sur les droits de l’enfant et sur l’article qui précise que les langues autochtones, les langues des enfants autochtones ne sont pas prises en compte. Il faudrait donc modifier cette position de la France vis à vis de cette convention. Et que la France applique la totalité des articles de cette convention.
 
''Intervention 5'' : Monsieur North, je voudrais vous rappeler que nous vous avions déjà dit, quand vous êtes passé à la Réunion, actuellement, après avoir eu un programme académique sur lequel nous avons travaillé pendant un an et demi, deux ans, nous l’avons utilisé même pas deux ans je crois, et c’était un outil produit localement. Et voilà que peu de temps après on nous a proposé d’adosser notre enseignement au cadre européen des langues. Vraiment, je crois que c’est un cadre qui ne nous convient pas. Il me semble que c’est un cadre qui est prévu pour l’enseignement des langues étrangères, à la Réunion en tout cas, pour beaucoup de réunionnais, c’est une langue maternelle et je voudrais que vous nous entendiez concernant ce cadre. Je crois qu’il n’est pas fait pour nous. Merci d’entendre à nouveau.
 
 
''Xavier North'' : Je me permets de répondre à cette remarque. J’en avais pris bonne note en passant à la Réunion et je promets d’intervenir sur ce point, j’en ai tout à fait conscience. Le cadre européen de référence pour les langues, comment voudrait-on qu’il s’adapte à l’ensemble des situations linguistiques sur la planète et, notamment, à celle que vous évoquez ? Le créole n’est pas une langue étrangère, c’est une langue de France. Le créole réunionnais est une langue de France. Moi-même, je suis délégué général à la langue française et aux langues de France. Ça n’est pas un vain mot, c’est au cœur de ma mission, donc je me sens un devoir d’intervenir auprès des autorités compétentes, le ministère de l’Éducation nationale, pour favoriser, susciter les évolutions nécessaires de ce cadre afin de faire en sorte que le créole ne soit pas enseigné comme une langue étrangère. Ça n’en est pas une. Je le confirme de la manière la plus nette.
 
''Xavier North'' : Je crois que ceci a été dit très nettement lors d’une séance de restitution ou peut-être dans un atelier et on en a pris bonne note, évidemment. Les créoles parlés à la Martinique, à la Guadeloupe, à la Réunion sont des créoles différents, ce sont des langues à part entière, ce ne sont pas différentes formes d’un même créole, c’est parfaitement clair.
 
 
 
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