Construire des communs/Public/Appels à projets

Comment penser les appels à projet à l'ère des communs :


L'appel à projet semble "inadapté" pour soutenir les communs. Il y a besoin de le réfléchir autrement pour qu'ils favorisent la mutualisation plutôt que la mise en compétition. Le temps et le coût de communication d'un appel à projet, le temps de tri des réponses et de sélection des dossiers peu parfois être très important au regard du financement donné aux projets. Le temps nécessaire pour les porteurs de projets pour répondre (remplir l'ensemble des documents, etc...) puis se faire évaluer suite au financement octroyé est lui aussi parfois très conséquent. Le modèle de compétition entre acteurs amène par ailleurs des projets qui pourraient se regrouper à se retrouver en compétition. C'est d'autant plus gênant dans le monde des communs où l'enjeu est à la mutualisation. Pour les porteurs d'initiatives, c'est souvent un échec de plus quand ils ne sont pas sélectionnés. Le fait de ne pas avoir de réponses sur le rejet d'un appel à projet est par ailleurs très souvent mal vécu. Alors que ça pourrait être l'occasion de poser sur la table des idées, c'est l'épuisement qui survient après les résultats. Au final, beaucoup d'acteurs, en particulier dans le monde des communs, décident de ne plus répondre à ces appels à projet ou appels d'offre. C'est gênant car ce sont souvent ceux là mêmes qui sont les plus pertinents dans ce type de réponse.

  • Des propositions pour améliorer l'approche des appels à projet :
    • Mettre une partie des financements de l'appel à projet dans le développement d'une communauté reliant les acteurs qui répondent.
    • Lancer des "Appels à communs". C'est la démarche de mise en place par La Fabrique des Mobilites avec son "Appel à communs" qui vise à accélérer le développement de ressources mutualisées entre plusieurs acteurs même en concurrence. On peut aussi faire des appels à projet qui financent toutes les réponses un peu, ou financent plutôt la mise en réseau des acteurs plutôt que chaque acteur (forcer la mutualisation). C’est l’exemple de certains appels à projet à Brest, qui soutiennent un peu toutes les initiatives plutôt que de ne financer que les meilleures (logique de compétition). Voir aussi le concours de ZeroWaste pensé de cette manière aussi.
    • Avoir une transparence sur les coûts des appels à projet pour aussi les évaluer
    • Rendre transparentes les réponses des porteurs de projets pour qu'ils puissent mutualiser. Les candidats pourraient accepter par ailleurs que leurs projets soient rendus publics, notamment par diffusion sur Internet.
    • Imaginer des financements à posteriori, c’est à dire soutenir des initiatives qui ont déjà réussi. Par exemple, soutenir maintenant Wikipédia, Debian, OpenStreetMap ferait sens tant ils ont déjà apporté et apporteront encore. Cela éviterait à ces structures de perdre du temps dans des lourdes recherches de subvention (dossier de subvention, bilan, contrepartie auprès du financeurs, exigences de délais, retards de paiements, etc…) alors qu’ils démontrent tous les jours leur capacité à agir pour tous.
    • Demander aux acteurs de se baser sur des communs si ils veulent être financés.
    • Soutenir pas à pas ce qui émerge plutôt que de définir à un temps "t" les financements à octroyer par rapport à des besoins souvent imaginés pour rentrer dans les cases du dispositif de financement. Pour cela:
      • Il serait possible de laisser les financements être gérés par les "assemblées des communs" ou les communautés autour d'un sujet (par exemple une communauté constituée autour des tiers lieux sur un territoire). C'est cette pratique qu'à essayé de démontrer le collectif Catalyst avec Lille Métropole en décidant collectivement les financements à octroyer aux différents projets, de manière transparente, par un processus de décision visible sur chaque validation financière. Des outils comme Cobudget et Loomio pourront aider à déployer ces modèles.
      • La mise en place d'un outil numérique pourrait permettre aux projets pensés comme des “communs” d’arriver dans les radars de l’action publique. Alors qu’aujourd’hui, les projets sont forcés de s’adapter aux cases des financeurs qui valident les projets, un outil qui permettrait de voir de très nombreuses informations beaucoup plus qualitatives autour du projet pourrait inverser le rapport : Exemple : ”je suis une collectivité, je regarde les projets sociaux qui se développent sur mon territoire et je finance directement les projets que je vois, plutôt qu’attendre que les porteurs me remplissent un long dossier avec des cases pré-définies, qu’ils auront peiné à trouver sur le site de la collectivité (sachant que par définition, un projet socialement innovant ne rentre justement que très rarement dans les cases, puisqu’il est innovant)”. Cela contribuerait à faciliter le processus de co-création, où les personnes qui initient les projets seraient soutenues sans se faire dévier par le financeur (public ou privé) de leur objectif social du départ. L’ajout d’un système d’évaluation dynamique, ouverte, collective et historisée des projets permettait aussi d’éviter que les validations soit seulement faites par des “comités d’experts” qui ne sont pas toujours les futurs usagers ou participants au développement du projet. Cet ensemble d’indicateurs (quantitatifs et qualitatifs) permettrait de réussir à évaluer la pertinence d’un projet en fonctionnement, répondant ainsi de manière dynamique et sans un travail trop lourd à la problématique de l’évaluation de l’impact social, économique ou écologique d’un projet. Un projet de plateforme à ce sujet est visible ici, avec une vidéo expliquant bien le changement de paradigme que cela introduirait. Un outil comme communecter.org pourrait permettre de déployer cette proposition. Le premier enjeu est d’éviter pour un porteur de projet d’avoir à répondre à des dizaines de différents financeurs dans des formats de réponses diverses pour ne remplir son dossier que dans un seul espace. Mais ce type de plateforme peut aussi apporter de nombreuses autres valeurs, comme celle de ne plus avoir à utiliser des logiques d’appel à projet. A ce sujet, il suffirait alors de regarder les projets sur le territoire et de les soutenir par rapport à leurs besoins exprimés.